Pendant ce temps, au Soudan…

L’occident se lasse-il des révolutions du Printemps Arabe ? Tandis que la Syrie continue de lutter, c’est au Soudan que des révoltes ont dernièrement pris place avec pour objectif principal un changement de Régime.
Les soulèvements n’ont cessé de s’intensifier depuis leurs débuts le 16 juin 2012, alors que des étudiantes de l’Université de Khartoum avaient organisé une manifestation surprise dénonçant une hausse de 35% des prix des transports, ainsi qu’une augmentation globale du coût des dortoirs étudiants et de l’alimentation. Une fois leurs comparses masculins impliqués dans le mouvement, le groupe a libéré le campus pour se diriger en centre-ville, à Jamhuriya Street, où ils ont été accueillis et instantanément dispersés par les forces de Police. La nouvelle a circulé, déclenchant d’autres tentatives de manifestations par solidarité pour les étudiants.
 
Au 20 juin, cinquième jour de révoltes, les manifestations avaient pris de l’ampleur et s’étaient étendues de Khartoum aux Etats alentour. De nombreuses universités ont rejoint le mouvement et organisé leurs propres manifestations dont The University of Sudan, Al-Ahliya, Tigana Universityet Universities in Khartoum North. Durant toutes celles-ci, des étudiants militants du NCP* (« National Congress Party ») se sont joints aux forces de l’ordre pour assaillir les manifestants, se servant de barres de fer, couteaux et autres cocktails Molotov.
Il a fallu peu de temps aux locaux pour se mobiliser à leur tour, donnant naissance au « Sandstorm Friday » (« Vendredi Tempête de Sable »), qui a débuté après les prières et réuni des groupes à travers plusieurs quartiers de Khartoum, Bahri et Omdurman. Ces protestations ont tenu front jusqu’au lendemain matin et ont été rapportées comme ayant eu lieu à plus de 30 endroits différents. Certains quartiers ont vu d’importants rassemblements, tandis que dans d’autres, de plus petits groupes jouaient au chat et à la souris avec les forces de Police.
 
Suite à ces événements, un rassemblement massif de protestation baptisé « Licking Elbows » (littéralement : « Léchant les coudes ») a eu lieu le 29 juin 2012, en réponse au Président Bashir et à son assistant Nafi Ali Nafi qui avaient proclamé que quiconque projetait de renverser le Régime pouvait aussi bien essayer de se lécher le coude.
Une Journée Internationale de Solidarité pour les partisans de la chute du « National Congress Party » (« Parti du Congrès National ») a également été organisée le 30 Juin 2012,). La date n’a pas été choisie au hasard : elle célébrait la 23e année du NCP à la tête du pays.
Ces manifestations ont entraîné des centaines, puis des milliers d’arrestations, sans parler du nombre de blessés. Les tirs de lacrymogènes puissants ont causé des évanouissements, et certains blessés graves ont motivé l’organisation d’un don du sang par les étudiants.
 
Pendant ce temps, les activistes du mouvement se sont relayés les informations sur Twitter, Facebook et d’autres réseaux médiatiques pour faire entendre leur opposition et rester connectés en direct avec ceux qui sont sur place, en suivant le hashtag #SudanRevolts.
Une campagne de soutien a été lancée sur Facebook, au travers duquel des centaines de photos provenant du monde entier sont envoyées afin de créer un buzz suffisamment important pour enfin se faire remarquer des médias.
Source : https://www.facebook.com/media/set/?set=a.10150979222244581.446063.501869580&type=3
(Pour participer, envoyez votre photo à :  alucan@gmail.com )
 
 
Ce qui me consterne, c’est que la seule raison pour laquelle je suis au courant, moi, c’est parce que Sara E., mon amie Soudanaise que j’ai rencontrée au collège, milite aujourd’hui activement depuis son domicile à San Francisco pour faire remarquer l’actualité de son pays aux médias.
Tout au long de la journée (et de la nuit), ma timeline se remplit inexorablement de tweets (rédigés en anglais et/ou en arabe) sur le sujet. Et rien dans la Presse. Je continue d’écarquiller chaque jour un peu plus les yeux, en découvrant que les Trending Topics* concernent des choses aussi futiles que Secret Story 6, ou la fête de Baptiste Giabiconi.
Alors, pourquoi ? Il est certain que les médias locaux sont brimés et que la censure sur place y est pour beaucoup, mais qu’en est-il du reste du monde ? Un an et demi après les premières révolutions du Printemps Arabe, l’Occident s’est-il lassé du sujet ? Le côté  « déjà-vu » ? Ou bien sommes-nous trop obnubilés par notre nombril Européen, au bord de l’implosion ? La solution, je ne l’ai pas, tout ce que je peux faire, c’est écrire, traduire, et faire suivre l’information aussi loin que vous me le permettrez. À vos partages, à vos appareils photo – #SudanRevolts compte sur vous.
 
*NCP ou « National Congress Party » : Le Parti du Congrès National est le parti politique officiel du Gouvernement Soudanais. Il est dirigé par Omar al-Bashir, Président du Soudan depuis sa prise de pouvoir le 30 Juin 1989 ayant institué la Charia au niveau national. Le NCP prône des idéologies telles que l’Islamisme, l’Arabisme, le Nationalisme et le Conservationisme.
*Trending Topic : Les trending topics, abrégés « TT » sur Twitter, sont les tendances. Ce sont des mots, des hashtags ou des phrases qui sont tweetés de multiples fois. Les TT indiquent également les tendances par régions du monde.
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