Humour, oppression et bingo.

Si vous me suivez sur Facebook et/ou Twitter, vous m’avez certainement déjà vue aborder ce vaste et ô combien merveilleux thème qu’est l’humour.
C’est un sujet complexe et difficile à cerner, je le concède. Cependant, il est absolument inévitable de se voir donner des leçons d’humour lorsque l’on fait remarquer à quelqu’un-e que sa blague est [rayer les mentions inutiles] pas drôle – à chier – stigmatisante – clichée – sexiste – raciste – bref, oppressante. Là, tout de suite, de grand-e-s expert-e-s viennent à tour de rôle : 1. t’expliquer la vie avec un ton bien condescendant, 2. te donner la casquette du/de la rabat-joie, 3. chougner qu’on ne peut plus rien dire, où-va-le-monde-ma-bonne-dame-je-vous-le-demande.

C’est comme ça qu’est né ce petit bingo. Ça et aussi parce que je m’ennuyais tout à l’heure. (Nous DMions avec @lactualaloupe, et paf. Je la remercie d’ailleurs bien chaleureusement pour son aimable participation.)

 

Au risque de vous décevoir (ou de vous soulager), je ne vais pas disserter beaucoup plus sur ce sujet. D’autres l’ont fait avant moi, et l’ont très bien fait. Je vous invite donc plutôt à les lire, à réfléchir et à vous faire votre propre opinion. La mienne continue d’évoluer, c’est un chemin particulièrement sinueux que celui de changer certaines facettes d’un mode d’expression lorsqu’elles sont aussi profondément ancrées dans une société. Mais charité bien ordonnée commence par soi-même, paraît-il. Entre nous, je pense sincèrement qu’une fois qu’on a mis le nez dans le merdier des oppressions systémiques, on ne peut simplement plus rire des mêmes choses…ce qui, contrairement aux idées reçues, ne veut pas dire « ne plus rire du tout ».

Démonstration avec cette liste de lecture géniale :

      « L’humour pour les nuls » et « L’humour est une arme« , sur le blog Égalitariste.

      « L’humour est une chose trop sérieuse« , sur le blog Une heure de peine.

      « Desproges et Coluche : Stop à l’instrumentalisation de l’humour noir et du second degré« , sur le blog Acontrario.

 

 

Comment le féminisme fait souffrir les hommes.



Le texte qui suit a été traduit de l’anglais par mes soins et un peu à l’arrache, excusez les formulations lourdes. Il a été initialement écrit et publié par Micah J. Murray sur son site Redemption Pictures

Hier sur Facebook, quelqu’un m’a dit que le féminisme surélevait les femmes au détriment de l’homme, que son objectif de validation des femmes nous émasculait, nous les hommes. Il avait raison. Pour les hommes, la montée du féminisme nous a relégués au statut secondaire. Les inégalités et les discriminations font désormais partie de notre quotidien.

À cause du féminisme, les hommes ne peuvent plus déambuler dans la rue sans craindre d’être apostrophés, harcelés ou même agressés sexuellement par des femmes. S’il est agressé, l’homme est blâmé – sa tenue prouve « qu’il l’a cherché ».À cause du féminisme, il n’y a plus de grandes conférences Chrétiennes qui dictent comment être un homme, où des milliers d’hommes peuvent célébrer leur virilité et leur foi en Jésus (et éventuellement faire quelques blagues sur les stéréotypes féminins).À cause du féminisme, les femmes sont sur les scènes et sous les projecteurs des églises. Les hommes sont encouragés à se rendre utiles dans les nurseries ou les cuisines. Parfois même, on demande aux hommes de garder le silence à l’église.

À cause du féminisme, les femmes gagnent plus que les hommes pour le même poste.

À cause du féminisme, il est désormais difficile de trouver un film avec un héros charismatique  masculin. La plupart des blockbusters montre une femme courageuse qui sauve le monde et conquiert un homme comme un trophée pour ses accomplissements.

À cause du féminisme, les sportives professionnelles profitent massivement d’une industrie qui idolâtre les femmes. Les hommes n’apparaissent que brièvement, avant les pubs, dans lesquelles on instrumentalise leurs corps.

À cause du féminisme, tous les frais de contraception des femmes sont pris en charge sans question ni débat, tandis que les hommes doivent se battre pour convaincre leurs assurances de leur rembourser leur Viagra. Lorsque les hommes osent en parler, les leaders d’opinion sur les sujets de la famille les traitent de « salope » ou de « pute ».

À cause du féminisme, le corps masculin est constamment examiné et jugé. Si un homme apparaît torse nu à la télé, un scandale national éclatera avec pour conséquences de lourds frais et des boycotts. Les bloggeurs ne cessent de nous dire comment nos tenues vestimentaires peuvent mener les femmes au pêché. Les satiristes insistent sur le fait que les shorts ne sont pas « des vrais pantalons », et que les hommes devraient se couvrir parce que « personne ne veut voir ça ».

À cause du féminisme, les hommes ne sont pas représentés à la Maison Blanche, et les femmes occupent 80% de sièges au Congrès. Lorsqu’un homme se présente à un entretien, son apparence physique et sa tenue sont presque autant discutés que ses idées et ses qualités.

À cause du féminisme, les hommes doivent se battre pour être entendus dans la sphère publique. Sur les questions de théologie, de politique, de science et de philosophie, la perspective féminine est souvent appliquée par défaut, normalisée et jamais remise en cause. Les perspectives masculines sont rejetées parce qu’elles sont jugées trop subjectives ou trop sentimentales. Quand nous prenons la parole, nous sommes souvent exclus pour avoir été hystériques, rebelles, subversifs ou dangereux.

Mais restez fort les gars.

Un jour nous serons tous égaux.

Quoi que vous fassiez, ne lisez pas Jesus Feminist.C’est truffé d’idées qui continueront d’oppresser et de heurter les hommes – des idées comme « les femmes sont aussi des personnes » et « la dignité et les droits des femmes sont aussi importants que ceux des hommes ».

Dimanche pileux, dimanche heureux !

Ce matin, le soleil a brillé. Chat est venu ronronner contre mon visage pour me réveiller et j’ai lancé Twitter (mon addiction va bien, merci). Et comme souvent, je suis tombée sur un truc qui m’a fait regretter une connexion si matinale. Au menu du jour : un billet traitant de la  pilosité pubienne féminine. Allons bon. Je ne dis pas que ce sujet ne peut pas être traité intelligemment, je dis que là, c’est du gros caca en barres servi par caisses de mille.
Mais ça faisait un moment que j’avais envie de poser ma réflexion à ce sujet sur papier (enfin écran), et je remercie donc ce bloggeur présomptueux de m’en donner l’occasion. Un ramassis de conneries aussi massif ne peut pas rester dans l’ombre, non non, je vous en fais profiter, le partage c’est important !
On y va ?

Tiens et si pour réveiller un peu ce blog, j’écrivais un article à propos de la chatte des filles ? Ne fais pas semblant de dire non non non d’un air faussement puritain. Il ne sert à rien de le nier, les gonzesses ont un sexe et ça les travaille tout autant que toi et ta petite zigounette.

Euh, alors déjà, non. Je n’ai jamais comparé la taille de mes lèvres avec celles d’une copine (pas depuis ma puberté du moins, quand je me demandais si c’était normal et si j’étais la seule à développer des extensions de chair), le clitoris n’est pas vecteur de puissance ni d’invalidité, personne ne dessine de vulve sur les murs (mais on y travaille) et aucune femme n’a jamais menacé qui que ce soit avec son organe génital.
Je note par ailleurs que dans ce texte, l’homme s’adresse à l’homme ; ça promet. Poursuivons.

Si on ne choisit pas sa famille, on ne choisit pas non plus son genre. Et le fait de naître avec ou sans queue influe sur toute la suite de ton parcours. Bon, les féministes au fond, vous vous calmez, j’explique et après on discute. Tous les métiers doivent être accessibles à tous et tous les rôles à chacun. En aucune manière le genre ne doit prédisposer à quoi que ce soit. Ça va comme ça ?

C’est un raisonnement un peu binaire mais merci de ta condescendance, on apprécie. <3

Il me semble que nous sommes enfin à une période où les choses, dans la société, changent. Et là où elles ne changent pas encore, la pression s’exerce pour les faire se bouger. Ce n’est pas encore une généralisation mais on assiste bien à une montée en puissance des femmes en tant que décideuses. Il était temps que soit reconnu que, bien que dépourvue de pénis, la femme est capable d’un tas de choses.

Ce dessin vous est offert avec grâce, douceur et féminité.

Trop aimable. Par contre pour « la montée en puissance des femmes en tant que décideuses », on repassera. Oui, on trouve désormais des femmes dans des domaines d’activités longtemps réservés aux hommes, mais je rappelle quand même qu’en France, les femmes n’ont le droit de voter que depuis 50 ans, que les hommes gagnent en moyenne 31% de plus que les femmes (tous temps de travail confondus) et que les femmes restent minoritaires en politique, tandis que les hommes sont plus que majoritaires du côté des dirigeants d’entreprises. AH LA LA C’EST UNE SPECTACULAIRE MONTÉE EN PUISSANCE MONSIEUR MONFORT !
On devrait apprendre à se contenter de ce qu’on a, c’est vrai, la pression autour de ce sujet est omniprésente, la bien-pensance nous envahit, poil au kiki.

J’ai posé le contexte,

Et avec brio.

voici maintenant le cœur du sujet :

Brace yourselves !

pourquoi les filles d’aujourd’hui s’épilent la chatte ?
On a hâte de le savoir après une introduction aussi réussie.
Quand le phénomène a commencé à se généraliser, j’ai été sincèrement déçu de lire ici ou là, sous le clavier de quelques copines très engagées dans un combat de libération de la pauvre femme étouffée par des siècles d’infamie masculine, des arguments d’une bêtise crasse. Celle-ci par exemple qui m’expliquait que l’homme, une fois de plus imposait au corps de sa victime un nouvel outrage.
 Mais comment croire que les post adolescentes de 2013, éduquées et élevées dans ce bain sociétal de la montée des femmes au pouvoir, puissent ainsi se laisser manipuler ? Peut-être ces féministes pensent-elles que la stupidité de l’oie blanche est un caractère inné de la féminité ? Ces groupuscules poursuivent donc l’idée que la femme est forcément manipulable et manipulée par la gente masculine. Eternelle victime, être vulvée serait ainsi accompagné d’une formidable capacité à subir et accepter le diktat masculin, pour des siècles et des siècles, amen.
Non, ce n’est pas tant l’homme que la société qui est visée en fait. La pilosité s’intègre dans les constructions sociales, Mr Poireau (le nom est bien senti, tiens). Les « post adolescentes 2013 » ont beau grandir dans un monde où quelques femmes siègent à l’Assemblée, il n’en reste pas moins qu’elles sont conditionnées dès le plus jeune âge, entre autres, à la traque de leur pilosité disgracieuse. On nous apprend à internaliser ce dégoût, qui n’en résulte ni plus ni moins à une modification corporelle. Ce n’est pas être stupide que de ne pas le voir, il se trouve que ça ne saute pas aux yeux. Le féminisme ne prône pas l’intelligence innée des femmes qui deviendraient des êtres supérieurs capables dès la naissance de comprendre TOUTES les constructions sociales qui les concernent. Le féminisme défend le libre arbitre et la non manipulation des corps et des esprits (et évidemment bien d’autres choses mais ce n’est pas le sujet ; si vous voulez une liste, faites une recherche.) Le corps lisse et imberbe de la femme a été démocratisé comme une norme, et l’on considère comme anormale une femme qui n’épile pas ses aisselles, ses jambes ou son pubis. Chez l’homme, on observera le phénomène inverse : sa pilosité sera valorisée, tandis que son absence de poils caractérisera aux yeux des autres un défaut de maturité ou de virilité.
Donc non, il n’est pas tellement question de « diktat masculin » – ne vous donnez pas tant d’importance Maître Zgeg, et séchez donc vos larmes – mais de diktat d’une société portée par des hommes. Ce qui suppose qu’au lieu de voir plein d’hommes imposer individuellement l’épilation, on subit l’omniprésence d’un principe général intégré et massivement relayé.
Tout au contraire, cette irruption de l’épilation intégrale est, à mes yeux, le signe dans le réel de la valorisation du rôle des femmes. L’apparition dans nos lits (je vous le souhaite) du résultat de toute une éducation consacrée non plus à la reproduction, mais à une sexualité comme partie prenante du bien-être individuel. Ainsi, effacer toute pilosité, est selon moi, au même titre que l’homme et son pénis parfaitement visible, vouloir afficher à la face du monde son sexe et son genre.
La moule imberbe est une revendication de genre, la fin d’un tabou du sexe caché. L’épilation intégrale devient l’affirmation du sexe physiquement féminin. Voici ma vulve, j’en suis fière, je la montre. Je ne la cache plus derrière un buisson pileux, j’en expose les détails, j’en dévoile la nature. L’épilation est une affirmation : j’ai une chatte et j’en suis fière. Tu veux la voir ?

Ah bah je veux bien, mais j’ai peur d’être déçue.

Ce dernier paragraphe est empreint d’une débilité telle que je ne sais même pas par où commencer.
Allez, la revendication de genre. La fâââââme qui se revendique en tant que fâââââme se doit donc de le faire en suivant des critères imposés par la société patriarcale et/ou les personnes qu’elles fréquenteront. Really ?
En ce qui me concerne, mon sentiment d’injustice face au diktat de l’imberbe ne date pas d’hier. Je l’ai toujours pris pour acquis : « tu es une femme donc tes poils sont disgracieux, on se moquera de toi si tu en arbores le moindre millimètre parce que c’est honteux, cache donc ce tout petit cheveu que je ne saurai voir, espèce de grosse dégueulasse.» J’extrapole volontairement quand je parle de pilosité, parce qu’on ne peut pas parler d’épilation pubienne et omettre de mentionner les autres zones quand ça nous arrange. Pas quand on essaye de raconter que ça n’a rien à voir avec la domination masculine ou le sexisme. Je suis brune, et une partie de ma famille est orientale, autant vous dire qu’on doit s’épiler souvent si on décide de se faire toute lisse. Mon choix de m’épiler ou non (oui, je varie, tantôt ours, tantôt lavabo) est en lien direct avec ce que la société m’impose et le shaming dont je pourrais être la cible. Quand je choisis de m’épiler, je le fais parce que je veux que ce soit joli, parce que j’ai appris que c’était ça, « le joli ». Parfois juste parce que je voudrais que ce soit doux si je sais qu’on on va me toucher les jambes (et plus si affinités, hinhin). Certainement pas parce que ça m’éclate de raquer quarante balles et de perdre une heure de mon temps, ni parce qu’à force j’aurais développé une passion fétichiste pour la cire brûlante et la douleur de l’arrachage.La conclusion de ces quelques lignes de réflexion de comptoir revient à dire que l’épilation intégrale, c’est la féminité assumée, brandie comme étendard de notre force, sans un seul poil au radar. Quelle surprise. Quelle subversion. Quelle grosse connerie. Merci de perpétuer le mythe de la liberté totale et de choix arbitraire au sujet de l’épilation. Merci de nous dire d’être fières de nos vulves et de bien les montrer (à qui, tiens ?). Merci enfin de garder vos fantasmes dans vos têtes.
C’est pas tous les jours que j’invoque la nature, mais là-dessus elle marque un point sur lequel je vous inviterai à réfléchir : si la puberté fait apparaître les poils des femmes en même temps que leurs seins et leurs hanches, en quoi peut-on établir que les uns sont incontestablement des atouts féminins et les autres une entrave ingrate à la féminité ?

Vous avez quatre heures.


Appel citoyen contre l’incitation au viol sur Internet

Depuis ce matin, ce manifeste circule parmi les blogs et les réseaux sociaux. Je n’en suis pas l’auteure, seulement le relais, et je vous remercie d’avance de le faire lire à votre tour.
Nous, militantes féministes et citoyennes, avons récemment dénoncé un site de coaching en « séduction » appelé Seduction By Kamal (1) comme incitant au viol.
Seduction By Kamal est un site d’apprentissage des techniques de « pick up artist », à savoir « artiste de la drague ». Il s’agit de techniques de « drague » et de conseils en matière de sexualité. Le site est gérée par la société SBK Coaching, et génère du profit grâce à la vente de livres numériques (« e-books »).
L’indignation s’est focalisée sur un article violent en accès libre et gratuit. Intitulé « Comment Bien Baiser : les 3 Secrets du Hard SEXE » (2), il nous apparait en réalité comme une incitation au viol, particulièrement toxique en raison de l’aspect éducatif du site.
Nous estimons que les propos sont explicites : pour bien « baiser », l’important est de ne pas tenir compte du consentement de sa « partenaire ». Une capture d’écran est conservée ici. Les extraits les plus choquants sont cités ci-dessous, dans la lettre au Procureur, ainsi que chez la blogueuse Diké (3).
Cet article a été écrit par Jean-Baptiste Marsille, rédacteur web, auto-entrepreneur et écrivain (4). Le directeur de publication du site se fait appeler Kamal (5).
Il ne s’agit pas d’un petit blog isolé. D’après son créateur, ce site reçoit 20 000 visiteurs par jours, le chiffre d’affaire de la société « SBK Coaching» est de l’ordre de 10 000 euros par mois (6). Sa page Facebook est suivie (« likée ») par près de 17 000 personnes. Nous notons aussi que les frais de fonctionnement du site semblent peu élevés, compte-tenu des avantages fiscaux de la Pologne par rapport à la France (7), et du caractère dématérialisé des publications électroniques vendues.
Malgré de multiples sollicitations depuis octobre 2012, Kamal n’a jamais réagi. L’article était toujours en ligne à l’heure où nous écrivons cette lettre.
Depuis 2012, cet article a également été signalé en vain au Ministère de l’Intérieur (www.internet-signalement.gouv.fr). Pourquoi la loi n’est-elle pas appliquée ? Est-ce un problème managérial (manque de moyens pour traiter tous les signalements) ou un problème culturel (mauvaise formation et sensibilisation des agents du Ministère à la misogynie en ligne et à la culture du viol) ?
Nous joignons donc à cette tribune une plainte au Procureur de la République concernant le délit d’incitation au viol en ligne sur la page signalée.
Appel aux autorités et aux acteurs du web : stopper la misogynie en ligne
Ceci dit, notre objectif n’est pas de nous focaliser sur ce seul type de site Internet à la marge, mais sur l’ensemble de la misogynie globalement répandue sur l’espace Internet, et trop tolérée.
De nombreux agresseurs et leurs complices se sentent autorisés, en toute impunité, à exhiber sur Internet leurs infractions misogynes (viol, agression, non-assistance à personne en danger, recel de médias à caractère pédo-criminel…). Leurs victimes sont réduites au silence ou humiliées à l’échelle planétaire, subissant la reproduction perpétuelle de leurs agressions sur les réseaux sociaux.
Comment les Internautes peuvent-ils encourager un tel laxisme envers des criminels, et une telle sévérité envers les victimes ? Certainement à cause d’un amalgame toxique entre sexualité et violence érotisée (culture du viol) combinée à une mauvaise appréciation du sexisme sur Internet, perçu à tort comme “virtuel”.
Or le sexisme en ligne n’a rien de virtuel : le harcèlement subi par des personnalités connues comme par des adolescentes anonymes (ou qui auraient voulu le rester), le racolage des mineures par les pédo-criminels ou les proxénètes, l’omniprésence des images de femmes hypersexualisées et objectivées, dans les contenus personnels, journalistiques, culturels et commerciaux – clichés parfois pris à l’insu du sujet, l’humour sexiste qui alimente la tolérance envers le sexisme, les discours vindicatifs, stéréotypés et dégradants à l’égard des femmes, tout ceci est bien réel.
Ailleurs, sur le web anglophone notamment, des voix se sont élevées pour exposer l’ampleur de la misogynie sur Internet, et exiger des actions concrètes pour y mettre fin. Ainsi la campagne #FBRape a permis un début de dialogue avec Facebook, dans le but d’améliorer les systèmes d’identification et de modération des discours de haine misogyne (8).
Côté français, l’incitation à haine, à la discrimination ou à la violence est interdite par la Loi sur la liberté de la presse, article 24 (9). Nous exigeons que l’alinéa 7 soit appliqué, à savoir que l’incitation à la violence en raison du sexe, de l’orientation sexuelle ou du handicap soit réellement pénalisée.
Nous demandons également une modification de l’alinéa 6 de cette même loi (concernant l’incitation à la discrimination et à la haine) pour qu’il soit étendu au sexisme. Actuellement seules sont concernées les discriminations et la haine motivées par des raisons ethniques, raciales ou religieuses.
Enfin, nous appelons les pouvoirs publics à mettre en place une plateforme dédiée au signalement de sites misogynes, à la sensibilisation des acteurs du web sur le sujet, et à l’accompagnement des victimes de discrimination, de haine ou de violences misogynes sur Internet.
Nous appelons également les entreprises du web ou présentes sur Internet à mettre en place des pratiques éthiques pour lutter contre le sexisme sur Internet, en coopération avec la société civile.
Collectif féministe et citoyen
Plainte au Procureur
Paris, le 05/09/2013
Lettre R.A.R.
Monsieur le Procureur de la République,
Nous, citoyennes, tenons par la présente à vous signaler les faits délictueux visés par l’article 24 de la Loi sur la Liberté de la Presse qui punit de « cinq ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende ceux qui (…) auront directement provoqué, dans le cas où cette provocation n’aurait pas été suivie d’effet, à commettre l’une des infractions suivantes : les atteintes volontaires à la vie, les atteintes volontaires à l’intégrité de la personne et les agressions sexuelles définies par le livre II du code pénal ».
Sur le site Seduction By Kamal, cette page (URL : http://www.seductionbykamal.com/comment-bien-baiser – captures d’écran ci-joint) intitulée « Comment Bien Baiser : les 3 Secrets du Hard SEXE » constitue une apologie du viol et une incitation à la violence contre les femmes. Quelques extraits explicites :
  • « Montrez-lui qu’elle n’a pas vraiment le choix »
  • « Attaquez sa poitrine »
  • « créer rapidement une image du mec qui sait ce qu’il veut et qui l’obtient quand il veut ».
  • « vous décidez […] tout est entre vos mains (ou vos cuisses devrais-je dire) »
  • « perdre tout contrôle de la situation est un « turn on » majeur pour les femmes ».
  • « appliquez-vous à aller en profondeur et à ne stopper la cadence que quand VOUS le décidez ! Elle se plaint ? Pas pour longtemps ! C’est un phénomène naturel de rejet de l’autorité, mais une fois cette barrière franchie, elle s’abandonnera à vous et vous demandera de la défoncer […] c’est ça en fait la véritable notion du fameux « BIEN BAISER ».
  • « Imposez votre puissance ».
  • « Donnez des ordres et soyez inflexible. Ne lui demandez pas gentiment si, éventuellement, vous pourriez avoir une fellation et éjaculer dans sa bouche… La décision est prise, retirez-vous et faites la descendre vers votre sexe afin d’affirmer votre posture. »
  • « Si seulement vous saviez combien de femmes rêvent de se faire démonter par un inconnu au chibre géant ».
  • « Cette méthode est relativement efficace quand on rencontre une inconnue qui nous ramène chez elle. Si elle en arrive là, c’est sans doute parce qu’au fond, ce qu’elle veut, c’est tirer un coup. »
  • « Ne lui demandez pas si vous pouvez la pénétrer comme un animal sauvage, faites-le ! »
  • « il vous suffit […] de laisser parler vos envies, sans vous restreindre. Prenez le contrôle du rapport sexuel et pensez que votre masculinité passe par des coups de boutoir infligés. »
  • « ne vous refusez rien ».

Nous avons signalé ce lien à internet.signalement.gouv.fr sans aucune conséquence concrète.
La présente faisant valoir ce que de droit.
Copie à
– Monsieur Manuel Valls, Ministre de l’Intérieur
– Madame Vallaud-Belkacem, Ministre des Droits des femmes,
– Madame Christiane Taubira, Garde des Sceaux, Ministre de la Justice
– Haut Conseil à l’Egalité entre les Femmes et les Hommes
– Observatoire des Inégalités
– Le Monde
– Le Figaro
– Médiapart
– Rue 89
– Libération
– Les Nouvelles News
– Slate
– Fédération Nationale Solidarité Femmes
– Signalement publié sur internet par une dizaine de blogs

le 05/09/2013

Capture d’écran de l’article signalé : http://dikecourrier.files.wordpress.com/2013/08/comment-bien-violer-une-femme-par-seduction-by-kamal-kay-et-jb-marsille1.pdf

Sources et liens cités dans l’appel :

(1)   www.seductionbykamal.com
(2)   www.seductionbykamal.com/comment-bien-baiser
(3)   http://dikecourrier.wordpress.com/2013/08/19/pick-up-artists-le-marketing-de-la-violence-misogyne
(4)   www.profils-auto-entrepreneurs.com/profil/jean-baptiste.marsille
(5)   www.seductionbykamal.com/mentions-legales/
(6)   www.agence-csv.com/seduction-by-kamal-le-seducteur/
(7)   www.lepetitjournal.com/varsovie/economie/132935-varsovie-eco
(8)   www.womenactionmedia.org/facebookaction/how-to-report-gender-based-hate-speech-to-facebook
(9)   www.legifrance.gouv.fr

En attendant le (vrai) Printemps.

Je sais : mon dernier billet traitait déjà un peu du même sujet mais comme ça ne s’arrête pas (pire, ça continue de plus belle), pas de raison de ne pas réagir de nouveau. Je n’en ai pas pour longtemps, promis.
Donc je voudrais que nous nous posions quelques minutes, ensemble, calmement, et que nous réfléchissions à l’absurdité de ce nouveau titre de « printemps Français ». Bien.
Il y a quelques semaines, on voyait naître le site www.printempsfrancais.fr – Oui, moi aussi, j’ai cru à un gag. Mais pas. CHOC.

Comment peut-on SÉRIEUSEMENT oser comparer des révolutions pour la démocratie à une mascarade anti-égalité ? Qui est le génie qui a réussi à mettre en relation des révoltes ayant causé des dizaines de milliers de morts et quelques milliers de gus défilant tranquillou en t-shirt roses et bleus ?  Je t’entends, petit réac’, scander que « oui mais quand même, y’avait des CRS, on a pris des lacrymos, c’est pas sympa » – Non, c’est pas sympa, c’est vrai. Mais ce n’est pas nouveau non plus. Ça arrive même régulièrement en manifestation, surtout quand on s’accompagne de membres du GUD et autres gentils fafounets. Si tu avais déjà été manifester pour autre chose que l’interdiction aux autres d’avoir les mêmes droits que toi, tu le saurais. Allez tiens, une petite astuce d’un de tes camarades pour la prochaine, qui s’avèrera sûrement d’une efficacité redoutable et que je vous encourage tous à essayer, c’est cadeau :

via @a___k

via @a___k

Mais ne nous égarons pas telles les brebis de Dieu (ou de Joseph ? Je ne sais plus lequel était berger, c’était y’a longtemps le catéchisme et en plus ça n’avait déjà aucun sens).

 

Y a-t-il un psychiatre dans la salle ?

Y a-t-il un psychiatre dans la salle ?

On a devant nous un groupe de gens qui s’imaginent vraiment révolutionnaires, alors qu’ils cherchent à ancrer plus profondément encore des valeurs archaïques d’un patriarcat primaire. Le plus dur dans tout ça, c’est qu’ils ne s’en rendent même pas compte, pour la plupart, et ne comprennent pas. Ils y croient pour de vrai ; preuve en est qu’au moment où je vous parle, une poignée de guignols joue à la dînette et au SDF sur les pelouses du Luxembourg. Si, si.

Tout est prétexte à la surenchère des comparaisons les plus absurdes. Quand ce n’est pas Boutin qui fait des parallèles ubuesques (entre deux piqûres de calmant), c’est Guaino qui parle carrément de « réforme de la civilisation » (rien que ça ; on vous rappelle quand même que les Belges, les Canadiens, les Espagnols et les autres civilisations réformées vont bien, d’après elles-mêmes). On pourrait me dire que c’est un concours de blagues, je te jure que j’y croirai. 

 

via @Silver

via @Silver

Outre la démesure du terme de « printemps français », je suis principalement choquée par le peu de respect accordé aux Printemps Arabes, qui ont vraisemblablement volé au-dessus des têtes des antis-égalité. J’ai suivi les tweets depuis la Place Tahrir. J’ai suivi des mouvements au Soudan. J’ai lu, vu, entendu des témoignages de combattants, de jeunes qui y ont perdu des amis ou des frères. Je m’informe encore sur la Syrie, quand vous préférez vous concentrer sur le juge Gentil. Et j’ai beau chercher, je ne vois pas un seul point de rapport entre les deux mouvements. Si quelqu’un a une vraie explication à me donner, et pas une connerie dans la trempe de « ouaaais mais c’est un symboooole, tu comprends rien parce que t’es de gauche », je veux bien qu’il me le laisse en commentaires.


Parce que de là où je vous regarde, je peux vous assurer que je ne vois pas une révolution, je ne vois qu’une bande de demeurés en œillères.