Six documentaires à voir sur Netflix

Ça fait bientôt un an que Netflix a ouvert une offre de catalogue pour la France et si certain-e-s ont été déçu-e-s par son contenu, il se trouve que moi j’en suis plutôt satisfaite, notamment en ce qui concerne les documentaires ; Vous l’aurez peut-être remarqué, je suis assez friande de sujets de société. Ce n’est donc pas une surprise si les documentaires que j’ai préférés traitent tous de ça. Je n’ai pas voulu faire un classement par préférence, il n’y en a pas un meilleur qu’un autre, ils sont tous intéressants et je n’ai pas envie d’en privilégier un. Alors je les ai classés par année de sortie. Histoire que ça aie l’air un peu organisé quoi.

 

FOOD, INC. (2010)

Food IncNominé aux Oscars, ce film met en lumière les conséquences environnementales de l’industrie agroalimentaire. On y parle essentiellement de données et de chiffres sur les États-Unis (je pense notamment à tout ce qui concerne les additifs sur les animaux destinés à finir en morceaux, antibiotiques et consorts), mais on peut assez facilement extrapoler les informations à l’échelle planétaire. Il faut des oeillères sacrément efficaces pour continuer à se dire que « c’est pas pareil ici » ou que « tant que c’est pas chez nous on s’en fout ». La nature se fout des frontières, et ce qui pourrit l’environnement à des milliers de kilomètres finira par venir pourrir le reste, c’est inévitable. On peut choisir de s’en foutre, mais c’est pas bien malin finalement. 
FOOD, INC. montre la réalité de cette chaîne alimentaire extrême et ultracapitaliste en se concentrant sur les effets nocifs qu’elle peut avoir sur la santé et sur l’environnement, mais n’est pas tellement orienté vers la cause animale. On y voit donc peu d’images de violences envers les animaux (attention, j’ai bien dit  « peu » et non « aucune » ; il y en a et c’est pas joli-joli). Ces arguments peuvent amener à une première approche du végétarisme pour les personnes qui ne sont pas touchées par la problématique du traitement des animaux, ou qui auraient besoin d’autres raisons que celle-là pour modifier leur consommation et leur comportement.
À voir si vous êtes prêt-e-s à remettre en question les fondements de votre consommation alimentaire mais pas encore prêt-e-s à mater Earthlings.




INCESTE : LA FAMILLE EMPOISONNÉE  (2010)

incesteComme son nom le laisse deviner, c’est un documentaire difficile que je vous présente là. Si j’ai choisi de le sélectionner c’est parce que je pense qu’il est important de relayer la parole des victimes. Peu de victimes d’inceste (et d’agressions sexuelles en général d’ailleurs) parlent, encore moins sont crues et soutenues. En l’occurrence, ce film est une suite de témoignages, liés par une voix-off, relatés face caméra, sur fond noir, sans artifices et sans surabondance de pathos. La réalité dans toute sa cruelle brutalité ; Et c’est trash.
Ce film laisse un espace de parole à des personnes dont l’enfance a été marquée de l’une des pires façons qu’il soit, la moindre des choses c’est d’écouter celles qui ont choisi de relater leur expérience. À voir pour mieux comprendre les mécanismes de manipulation et d’emprise dont se servent les agresseurs et pour se rendre compte que ça n’est malheureusement pas aussi rare qu’on le souhaiterait. Prévoyez quand même quelque chose de plus léger pour vous détendre ensuite, comme l’intégrale de Kaamelott ou un DVD des Monty Pythons.




YOU LAUGH BUT IT’S TRUE (2011)

you laughCe film qui suit la préparation du One Man Show de Trevor Noah aborde la montée de la comédie stand-up en Afrique du Sud mais aussi – et surtout – la place des personnes nées de familles mixtes (un parent blanc et un parent noir) durant et depuis l’apartheid. On y découvre les difficultés d’identification d’une population qui n’est considérée ni comme blanche, ni comme noire, dans un pays où l’amour mixte est encore aujourd’hui vue comme étrange. À travers la mise en place de son spectacle, nous suivons Trevor Noah dans les quartiers de son enfance, ceux où sa mère a attendu si longtemps pour expliquer à sa famille que la couleur claire de son fils n’était pas un accident génétique mais bien le résultat naturel de son union avec un homme blanc. YOU LAUGH BUT IT’S TRUE ausculte ce contexte particulier en explorant la montée d’un art encore peu développé en Afrique du Sud, le stand-up, avec le regard local d’un jeune précurseur en la matière.
C’est aussi l’occasion d’entendre des blagues sur les blancs, ça change un peu. À voir si vous êtes à même de rire du colonialisme (pour les personnes blanches c’est carrément si vous êtes à même de rire de votre passé colonialiste) ou si vous voulez simplement voir un peu ce qu’il se passe sur les scènes internationales.





THE CULTURE HIGH  (2014)

The-Culture-HighLa dépénalisation concernant l’usage et la détention de cannabis est un sujet de débat récurrent dans plusieurs pays. THE CULTURE HIGH décortique l’excessive “war on drugs” (guerre contre la drogue) déclarée par Nixon en son temps et les conséquences de ce qui fut au départ une promesse de campagne politique sur la société actuelle. Aujourd’hui, la lutte pour la dépénalisation croise la lutte contre le racisme, puisque c’est – sans trop de surprise – la population Noire qui pâtit la première de ces lois qui remplissent inutilement les prisons d’état.
Les analyses et les témoignages proposés soulèvent des questions et des points intéressants qui dédramatisent l’image exagérément négative donnée par les politiciens dans – et depuis – les années 70.
Si vous êtes déjà pro-dépénalisation vous connaissez déjà la majorité des arguments, mais ce documentaire vous apportera des lumières sur l’histoire de la consommation du cannabis (essentiellement aux Etats-Unis) puisqu’il aborde ce thème sous un angle social en prenant en compte les données démographiques et socio-culturelles. Et si vous n’y connaissez rien, foncez ; pro ou contre, les faits sont les faits, et c’est toujours bien de savoir de quoi on parle.




WHAT HAPPENED, MISS SIMONE ?  (2015)

Produit par Netflix en personne, ce documentaire retrace l’histoire de la légendaire Nina Siwhat_happened_miss_simonemone, de son enfance pendant la ségrégation à son succès sur les scènes mythiques du jazz. On y découvre une femme de passions et de blessures, qui s’est rapprochée de son rêve d’être la première pianiste classique Noire sans jamais l’atteindre, mais qui a su révolutionner le jazz en mélangeant les styles. Le film retrace également les années de son implication dans les mouvements de lutte pour les droits civiques, ainsi que l’influence que son militantisme affiché a eu sur sa carrière. Les images d’archives – totalement inédites pour certaines – mêlées d’interviews de personnes ayant fait partie de sa vie et d’extraits de son journal intime nous peingent un portrait humain et fascinant de cette grande prêtresse de la Soul. À voir si vous aimez les biopics, le jazz foufou et les fortes personnalités. Et je m’arrête là, parce que c’est très intéressant à regarder et qu’à ce rythme, j’ai peur de tout vous spoiler.




THE TRUE COST (2015)

true costEt enfin, last but not least, THE TRUE COST est un documentaire extrêmement percutant qui traite d’un sujet à échelle planétaire : la mode. Des hyper-champs de coton texans aux usines esclavagistes bengalis ou cambodgiennes, THE TRUE COST décortique la chaîne de production du prêt-à-porter et révèle les conséquences d’une industrie de masse sur l’environnement et ses populations.
Ce qu’on y voit de positif, c’est que quelques marques se construisent aujourd’hui sur des valeurs éthiques de commerce équitable, bien qu’elles soient encore en forte minorité. Ce qu’on y voit de négatif … c’est tout le reste : masses de pesticides dans les champs, esclavage, conditions de travail mettant en danger les salarié-é-s, et j’en passe ; tout ça pour satisfaire un besoin façonné de toute pièce par des marchés économiques.
À voir si vous voulez savoir d’où viennent vos fringues et ce que la mode rapide et à bas prix implique ailleurs dans le monde.


Bon visionnage !

Humour, oppression et bingo.

Si vous me suivez sur Facebook et/ou Twitter, vous m’avez certainement déjà vue aborder ce vaste et ô combien merveilleux thème qu’est l’humour.
C’est un sujet complexe et difficile à cerner, je le concède. Cependant, il est absolument inévitable de se voir donner des leçons d’humour lorsque l’on fait remarquer à quelqu’un-e que sa blague est [rayer les mentions inutiles] pas drôle – à chier – stigmatisante – clichée – sexiste – raciste – bref, oppressante. Là, tout de suite, de grand-e-s expert-e-s viennent à tour de rôle : 1. t’expliquer la vie avec un ton bien condescendant, 2. te donner la casquette du/de la rabat-joie, 3. chougner qu’on ne peut plus rien dire, où-va-le-monde-ma-bonne-dame-je-vous-le-demande.

C’est comme ça qu’est né ce petit bingo. Ça et aussi parce que je m’ennuyais tout à l’heure. (Nous DMions avec @lactualaloupe, et paf. Je la remercie d’ailleurs bien chaleureusement pour son aimable participation.)

 

Au risque de vous décevoir (ou de vous soulager), je ne vais pas disserter beaucoup plus sur ce sujet. D’autres l’ont fait avant moi, et l’ont très bien fait. Je vous invite donc plutôt à les lire, à réfléchir et à vous faire votre propre opinion. La mienne continue d’évoluer, c’est un chemin particulièrement sinueux que celui de changer certaines facettes d’un mode d’expression lorsqu’elles sont aussi profondément ancrées dans une société. Mais charité bien ordonnée commence par soi-même, paraît-il. Entre nous, je pense sincèrement qu’une fois qu’on a mis le nez dans le merdier des oppressions systémiques, on ne peut simplement plus rire des mêmes choses…ce qui, contrairement aux idées reçues, ne veut pas dire « ne plus rire du tout ».

Démonstration avec cette liste de lecture géniale :

      « L’humour pour les nuls » et « L’humour est une arme« , sur le blog Égalitariste.

      « L’humour est une chose trop sérieuse« , sur le blog Une heure de peine.

      « Desproges et Coluche : Stop à l’instrumentalisation de l’humour noir et du second degré« , sur le blog Acontrario.