Chroniques insomniaques vol.1 – Cloclo était un connard.

L’insomnie amène parfois à des expériences déconcertantes. C’est donc à la suite d’une grève de Marchands de Sable Inc. que je me suis retrouvée à 2h du mat’ devant une rediffusion de « Cloclo », le film hommage à Claude François. Je ne suis pas spécialement fan du mec mais, honnêtement, qui ne s’est jamais brisé les cordes vocales sur « Magnolia Forever » ? Et puis, en tant qu’habituée du désespoir face aux programmes de nuit, je me suis dit que c’était pas si mal, Cloclo, comme option. Alors j’ai regardé.
Je ne suis pas non plus critique ciné mais dans l’absolu j’ai trouvé le film divertissant mais sans plus, (puisque vous insistez). Rien de très marquant en somme si ce n’est que Claude François y apparaît comme extrêmement caractériel, misogyne, difficile à canaliser et masquant son mal-être par une arrogance claire et affichée – qui a dit « pervers narcissique » ? – Ce qui ne dérange personne, bien entendu, au contraire, c’est génial parce qu’il chante des chansons qui font danser, alors on lui pardonne, youpi !

Mais à un moment, il y a cette scène : Claude rencontre une nana qu’il kiffe bien. Il essaye de la draguer, mais elle n’est pas très chaude. Lui, forcément, ça lui fait bizarre : d’habitude les minettes lui tombent toutes crues dans les bras (quand elles ne lui sont pas carrément livrées en loge par son agent ou son assistant, si si). La demoiselle quitte la petite sauterie ; il la suit, veut la prendre dans ses bras et l’embrasser, la retient malgré sa gêne et ses refus avant de la laisser s’en aller. Léger malaise.

Nous retrouvons la demoiselle chez elle. Elle sursaute tandis qu’on sonne à sa porte, puis se lève et regarde par le judas au travers duquel on aperçoit un coursier lui livrant un bouquet. Le téléphone sonne dans un tapage vintage un peu strident. Nouveau sursaut. C’est là qu’on découvre qu’une dizaine de bouquets trône dans la pièce. Pendant que le coursier s’acharne sur la porte et que le téléphone hurle encore. Malaise un peu plus notable pour moi. Elle ça va, elle sourit d’un air un peu mutin ; hihi, c’est si mignon. What ?

Puis il fait nuit. Blondinette sort de chez elle, on ne sait pas bien pourquoi (et c’est vrai qu’on s’en cogne pas mal aussi). Tandis qu’elle se dirige vers sa voiture, deux coups de klaxon attirent son attention. C’est Cloclo, qui l’attendait dans sa caisse à lui, tranquillou, et qui lui fait coucou. Elle flippe – normal – et monte fissa dans sa deudeuch. Elle démarre. Il démarre aussi. La panique semble guider la route de Blondinette. Lui suit chacun de ses virages avec le calme froid d’un bon psychopathe, jusqu’au moment où il décide d’accélérer pour percuter la voiture qui le précède et ainsi d’envoyer l’élue présumée de son cœur dans le décor. Euh. Ok.
Et puis là, stupeur : alors que je me dis que ça va vite partir en cacahuète cette affaire, il sort la rejoindre et l’attrape ; elle est terrifiée et se débat, il la tient fermement dans ses bras et … tout ça se termine joyeusement par un baiser de cinéma, plusieurs années de vie commune et deux enfants.
Qu’on soit bien d’accord : je me fiche complètement de savoir si tout est vrai, si ça s’est vraiment passé comme ça ou si le réalisateur a eu envie de faire un peu de zèle en faisant descendre une personnalité d’antan de son piédestal. Ce qui a attiré mon attention, c’est cette scène odieuse qui donne du crédit à un comportement harceleur sous couvert de romantisme. Claude François ou mon ancien prof d’éco, ce n’est pas la question. Ce qu’on nous dit, là, c’est ni plus ni moins que c’est choupinou de harceler une femme. Que si elle refuse des avances une fois, puis deux, puis dix, on peut continuer de l’assaillir de marques d’affection, même si elle exprime clairement qu’elle aimerait mieux que ça cesse. Le message que ce film renvoie dans cette scène, c’est tout simplement une validation du postulat si répandu qui affirme qu’une femme qui dit « non » veut en fait dire « oui ». Que tout ça, c’est hyper romantique, en fait. WOKÉ.
Eh ben pardon de vous décevoir les mecs, mais non. Pas du tout. C’est pas ça, le consentement.
J’ai vécu le harcèlement (de la part d’ un inconnu dans le métro ou d’un ex trop présent après la rupture, peu importe), plein de fois, et ces images ont réveillé en moi un peu d’angoisse. N’exagérons pas non plus hein, je n’étais pas planquée sous les couvertures parce qu’un mec en costard pailleté envoie des fleurs à une nana qui lui plaît dans ma télé, mais ça a clairement fait remonter des trucs. Ça parle. Et j’ai complètement halluciné de la normalité avec laquelle tout se finit super bien (enfin si on oublie qu’il meurt à la fin, évidemment).
Et qu’on ne vienne pas me tartiner de « Tu vois du sexisme partout », de « C’était une autre époque aussi ! » ou de « Y’a pire que de se faire harceler avec des fleurs par un chanteur connu hein ».

Oui, y’a pire. Y’a toujours pire. Ça ne justifie jamais rien par contre.
Forcer n’est pour le moins pas la manière la plus cordiale d’accéder aux faveurs d’une femme. Alors messieurs, dans le doute, quand elle vous dit « non » : c’est « non ». Merde.
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