Dimanche pileux, dimanche heureux !

Ce matin, le soleil a brillé. Chat est venu ronronner contre mon visage pour me réveiller et j’ai lancé Twitter (mon addiction va bien, merci). Et comme souvent, je suis tombée sur un truc qui m’a fait regretter une connexion si matinale. Au menu du jour : un billet traitant de la  pilosité pubienne féminine. Allons bon. Je ne dis pas que ce sujet ne peut pas être traité intelligemment, je dis que là, c’est du gros caca en barres servi par caisses de mille.
Mais ça faisait un moment que j’avais envie de poser ma réflexion à ce sujet sur papier (enfin écran), et je remercie donc ce bloggeur présomptueux de m’en donner l’occasion. Un ramassis de conneries aussi massif ne peut pas rester dans l’ombre, non non, je vous en fais profiter, le partage c’est important !
On y va ?

Tiens et si pour réveiller un peu ce blog, j’écrivais un article à propos de la chatte des filles ? Ne fais pas semblant de dire non non non d’un air faussement puritain. Il ne sert à rien de le nier, les gonzesses ont un sexe et ça les travaille tout autant que toi et ta petite zigounette.

Euh, alors déjà, non. Je n’ai jamais comparé la taille de mes lèvres avec celles d’une copine (pas depuis ma puberté du moins, quand je me demandais si c’était normal et si j’étais la seule à développer des extensions de chair), le clitoris n’est pas vecteur de puissance ni d’invalidité, personne ne dessine de vulve sur les murs (mais on y travaille) et aucune femme n’a jamais menacé qui que ce soit avec son organe génital.
Je note par ailleurs que dans ce texte, l’homme s’adresse à l’homme ; ça promet. Poursuivons.

Si on ne choisit pas sa famille, on ne choisit pas non plus son genre. Et le fait de naître avec ou sans queue influe sur toute la suite de ton parcours. Bon, les féministes au fond, vous vous calmez, j’explique et après on discute. Tous les métiers doivent être accessibles à tous et tous les rôles à chacun. En aucune manière le genre ne doit prédisposer à quoi que ce soit. Ça va comme ça ?

C’est un raisonnement un peu binaire mais merci de ta condescendance, on apprécie. <3

Il me semble que nous sommes enfin à une période où les choses, dans la société, changent. Et là où elles ne changent pas encore, la pression s’exerce pour les faire se bouger. Ce n’est pas encore une généralisation mais on assiste bien à une montée en puissance des femmes en tant que décideuses. Il était temps que soit reconnu que, bien que dépourvue de pénis, la femme est capable d’un tas de choses.

Ce dessin vous est offert avec grâce, douceur et féminité.

Trop aimable. Par contre pour « la montée en puissance des femmes en tant que décideuses », on repassera. Oui, on trouve désormais des femmes dans des domaines d’activités longtemps réservés aux hommes, mais je rappelle quand même qu’en France, les femmes n’ont le droit de voter que depuis 50 ans, que les hommes gagnent en moyenne 31% de plus que les femmes (tous temps de travail confondus) et que les femmes restent minoritaires en politique, tandis que les hommes sont plus que majoritaires du côté des dirigeants d’entreprises. AH LA LA C’EST UNE SPECTACULAIRE MONTÉE EN PUISSANCE MONSIEUR MONFORT !
On devrait apprendre à se contenter de ce qu’on a, c’est vrai, la pression autour de ce sujet est omniprésente, la bien-pensance nous envahit, poil au kiki.

J’ai posé le contexte,

Et avec brio.

voici maintenant le cœur du sujet :

Brace yourselves !

pourquoi les filles d’aujourd’hui s’épilent la chatte ?
On a hâte de le savoir après une introduction aussi réussie.
Quand le phénomène a commencé à se généraliser, j’ai été sincèrement déçu de lire ici ou là, sous le clavier de quelques copines très engagées dans un combat de libération de la pauvre femme étouffée par des siècles d’infamie masculine, des arguments d’une bêtise crasse. Celle-ci par exemple qui m’expliquait que l’homme, une fois de plus imposait au corps de sa victime un nouvel outrage.
 Mais comment croire que les post adolescentes de 2013, éduquées et élevées dans ce bain sociétal de la montée des femmes au pouvoir, puissent ainsi se laisser manipuler ? Peut-être ces féministes pensent-elles que la stupidité de l’oie blanche est un caractère inné de la féminité ? Ces groupuscules poursuivent donc l’idée que la femme est forcément manipulable et manipulée par la gente masculine. Eternelle victime, être vulvée serait ainsi accompagné d’une formidable capacité à subir et accepter le diktat masculin, pour des siècles et des siècles, amen.
Non, ce n’est pas tant l’homme que la société qui est visée en fait. La pilosité s’intègre dans les constructions sociales, Mr Poireau (le nom est bien senti, tiens). Les « post adolescentes 2013 » ont beau grandir dans un monde où quelques femmes siègent à l’Assemblée, il n’en reste pas moins qu’elles sont conditionnées dès le plus jeune âge, entre autres, à la traque de leur pilosité disgracieuse. On nous apprend à internaliser ce dégoût, qui n’en résulte ni plus ni moins à une modification corporelle. Ce n’est pas être stupide que de ne pas le voir, il se trouve que ça ne saute pas aux yeux. Le féminisme ne prône pas l’intelligence innée des femmes qui deviendraient des êtres supérieurs capables dès la naissance de comprendre TOUTES les constructions sociales qui les concernent. Le féminisme défend le libre arbitre et la non manipulation des corps et des esprits (et évidemment bien d’autres choses mais ce n’est pas le sujet ; si vous voulez une liste, faites une recherche.) Le corps lisse et imberbe de la femme a été démocratisé comme une norme, et l’on considère comme anormale une femme qui n’épile pas ses aisselles, ses jambes ou son pubis. Chez l’homme, on observera le phénomène inverse : sa pilosité sera valorisée, tandis que son absence de poils caractérisera aux yeux des autres un défaut de maturité ou de virilité.
Donc non, il n’est pas tellement question de « diktat masculin » – ne vous donnez pas tant d’importance Maître Zgeg, et séchez donc vos larmes – mais de diktat d’une société portée par des hommes. Ce qui suppose qu’au lieu de voir plein d’hommes imposer individuellement l’épilation, on subit l’omniprésence d’un principe général intégré et massivement relayé.
Tout au contraire, cette irruption de l’épilation intégrale est, à mes yeux, le signe dans le réel de la valorisation du rôle des femmes. L’apparition dans nos lits (je vous le souhaite) du résultat de toute une éducation consacrée non plus à la reproduction, mais à une sexualité comme partie prenante du bien-être individuel. Ainsi, effacer toute pilosité, est selon moi, au même titre que l’homme et son pénis parfaitement visible, vouloir afficher à la face du monde son sexe et son genre.
La moule imberbe est une revendication de genre, la fin d’un tabou du sexe caché. L’épilation intégrale devient l’affirmation du sexe physiquement féminin. Voici ma vulve, j’en suis fière, je la montre. Je ne la cache plus derrière un buisson pileux, j’en expose les détails, j’en dévoile la nature. L’épilation est une affirmation : j’ai une chatte et j’en suis fière. Tu veux la voir ?

Ah bah je veux bien, mais j’ai peur d’être déçue.

Ce dernier paragraphe est empreint d’une débilité telle que je ne sais même pas par où commencer.
Allez, la revendication de genre. La fâââââme qui se revendique en tant que fâââââme se doit donc de le faire en suivant des critères imposés par la société patriarcale et/ou les personnes qu’elles fréquenteront. Really ?
En ce qui me concerne, mon sentiment d’injustice face au diktat de l’imberbe ne date pas d’hier. Je l’ai toujours pris pour acquis : « tu es une femme donc tes poils sont disgracieux, on se moquera de toi si tu en arbores le moindre millimètre parce que c’est honteux, cache donc ce tout petit cheveu que je ne saurai voir, espèce de grosse dégueulasse.» J’extrapole volontairement quand je parle de pilosité, parce qu’on ne peut pas parler d’épilation pubienne et omettre de mentionner les autres zones quand ça nous arrange. Pas quand on essaye de raconter que ça n’a rien à voir avec la domination masculine ou le sexisme. Je suis brune, et une partie de ma famille est orientale, autant vous dire qu’on doit s’épiler souvent si on décide de se faire toute lisse. Mon choix de m’épiler ou non (oui, je varie, tantôt ours, tantôt lavabo) est en lien direct avec ce que la société m’impose et le shaming dont je pourrais être la cible. Quand je choisis de m’épiler, je le fais parce que je veux que ce soit joli, parce que j’ai appris que c’était ça, « le joli ». Parfois juste parce que je voudrais que ce soit doux si je sais qu’on on va me toucher les jambes (et plus si affinités, hinhin). Certainement pas parce que ça m’éclate de raquer quarante balles et de perdre une heure de mon temps, ni parce qu’à force j’aurais développé une passion fétichiste pour la cire brûlante et la douleur de l’arrachage.La conclusion de ces quelques lignes de réflexion de comptoir revient à dire que l’épilation intégrale, c’est la féminité assumée, brandie comme étendard de notre force, sans un seul poil au radar. Quelle surprise. Quelle subversion. Quelle grosse connerie. Merci de perpétuer le mythe de la liberté totale et de choix arbitraire au sujet de l’épilation. Merci de nous dire d’être fières de nos vulves et de bien les montrer (à qui, tiens ?). Merci enfin de garder vos fantasmes dans vos têtes.
C’est pas tous les jours que j’invoque la nature, mais là-dessus elle marque un point sur lequel je vous inviterai à réfléchir : si la puberté fait apparaître les poils des femmes en même temps que leurs seins et leurs hanches, en quoi peut-on établir que les uns sont incontestablement des atouts féminins et les autres une entrave ingrate à la féminité ?

Vous avez quatre heures.


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Chroniques insomniaques vol.1 – Cloclo était un connard.

L’insomnie amène parfois à des expériences déconcertantes. C’est donc à la suite d’une grève de Marchands de Sable Inc. que je me suis retrouvée à 2h du mat’ devant une rediffusion de « Cloclo », le film hommage à Claude François. Je ne suis pas spécialement fan du mec mais, honnêtement, qui ne s’est jamais brisé les cordes vocales sur « Magnolia Forever » ? Et puis, en tant qu’habituée du désespoir face aux programmes de nuit, je me suis dit que c’était pas si mal, Cloclo, comme option. Alors j’ai regardé.
Je ne suis pas non plus critique ciné mais dans l’absolu j’ai trouvé le film divertissant mais sans plus, (puisque vous insistez). Rien de très marquant en somme si ce n’est que Claude François y apparaît comme extrêmement caractériel, misogyne, difficile à canaliser et masquant son mal-être par une arrogance claire et affichée – qui a dit « pervers narcissique » ? – Ce qui ne dérange personne, bien entendu, au contraire, c’est génial parce qu’il chante des chansons qui font danser, alors on lui pardonne, youpi !

Mais à un moment, il y a cette scène : Claude rencontre une nana qu’il kiffe bien. Il essaye de la draguer, mais elle n’est pas très chaude. Lui, forcément, ça lui fait bizarre : d’habitude les minettes lui tombent toutes crues dans les bras (quand elles ne lui sont pas carrément livrées en loge par son agent ou son assistant, si si). La demoiselle quitte la petite sauterie ; il la suit, veut la prendre dans ses bras et l’embrasser, la retient malgré sa gêne et ses refus avant de la laisser s’en aller. Léger malaise.

Nous retrouvons la demoiselle chez elle. Elle sursaute tandis qu’on sonne à sa porte, puis se lève et regarde par le judas au travers duquel on aperçoit un coursier lui livrant un bouquet. Le téléphone sonne dans un tapage vintage un peu strident. Nouveau sursaut. C’est là qu’on découvre qu’une dizaine de bouquets trône dans la pièce. Pendant que le coursier s’acharne sur la porte et que le téléphone hurle encore. Malaise un peu plus notable pour moi. Elle ça va, elle sourit d’un air un peu mutin ; hihi, c’est si mignon. What ?

Puis il fait nuit. Blondinette sort de chez elle, on ne sait pas bien pourquoi (et c’est vrai qu’on s’en cogne pas mal aussi). Tandis qu’elle se dirige vers sa voiture, deux coups de klaxon attirent son attention. C’est Cloclo, qui l’attendait dans sa caisse à lui, tranquillou, et qui lui fait coucou. Elle flippe – normal – et monte fissa dans sa deudeuch. Elle démarre. Il démarre aussi. La panique semble guider la route de Blondinette. Lui suit chacun de ses virages avec le calme froid d’un bon psychopathe, jusqu’au moment où il décide d’accélérer pour percuter la voiture qui le précède et ainsi d’envoyer l’élue présumée de son cœur dans le décor. Euh. Ok.
Et puis là, stupeur : alors que je me dis que ça va vite partir en cacahuète cette affaire, il sort la rejoindre et l’attrape ; elle est terrifiée et se débat, il la tient fermement dans ses bras et … tout ça se termine joyeusement par un baiser de cinéma, plusieurs années de vie commune et deux enfants.
Qu’on soit bien d’accord : je me fiche complètement de savoir si tout est vrai, si ça s’est vraiment passé comme ça ou si le réalisateur a eu envie de faire un peu de zèle en faisant descendre une personnalité d’antan de son piédestal. Ce qui a attiré mon attention, c’est cette scène odieuse qui donne du crédit à un comportement harceleur sous couvert de romantisme. Claude François ou mon ancien prof d’éco, ce n’est pas la question. Ce qu’on nous dit, là, c’est ni plus ni moins que c’est choupinou de harceler une femme. Que si elle refuse des avances une fois, puis deux, puis dix, on peut continuer de l’assaillir de marques d’affection, même si elle exprime clairement qu’elle aimerait mieux que ça cesse. Le message que ce film renvoie dans cette scène, c’est tout simplement une validation du postulat si répandu qui affirme qu’une femme qui dit « non » veut en fait dire « oui ». Que tout ça, c’est hyper romantique, en fait. WOKÉ.
Eh ben pardon de vous décevoir les mecs, mais non. Pas du tout. C’est pas ça, le consentement.
J’ai vécu le harcèlement (de la part d’ un inconnu dans le métro ou d’un ex trop présent après la rupture, peu importe), plein de fois, et ces images ont réveillé en moi un peu d’angoisse. N’exagérons pas non plus hein, je n’étais pas planquée sous les couvertures parce qu’un mec en costard pailleté envoie des fleurs à une nana qui lui plaît dans ma télé, mais ça a clairement fait remonter des trucs. Ça parle. Et j’ai complètement halluciné de la normalité avec laquelle tout se finit super bien (enfin si on oublie qu’il meurt à la fin, évidemment).
Et qu’on ne vienne pas me tartiner de « Tu vois du sexisme partout », de « C’était une autre époque aussi ! » ou de « Y’a pire que de se faire harceler avec des fleurs par un chanteur connu hein ».

Oui, y’a pire. Y’a toujours pire. Ça ne justifie jamais rien par contre.
Forcer n’est pour le moins pas la manière la plus cordiale d’accéder aux faveurs d’une femme. Alors messieurs, dans le doute, quand elle vous dit « non » : c’est « non ». Merde.