En attendant le (vrai) Printemps.

Je sais : mon dernier billet traitait déjà un peu du même sujet mais comme ça ne s’arrête pas (pire, ça continue de plus belle), pas de raison de ne pas réagir de nouveau. Je n’en ai pas pour longtemps, promis.
Donc je voudrais que nous nous posions quelques minutes, ensemble, calmement, et que nous réfléchissions à l’absurdité de ce nouveau titre de « printemps Français ». Bien.
Il y a quelques semaines, on voyait naître le site www.printempsfrancais.fr – Oui, moi aussi, j’ai cru à un gag. Mais pas. CHOC.

Comment peut-on SÉRIEUSEMENT oser comparer des révolutions pour la démocratie à une mascarade anti-égalité ? Qui est le génie qui a réussi à mettre en relation des révoltes ayant causé des dizaines de milliers de morts et quelques milliers de gus défilant tranquillou en t-shirt roses et bleus ?  Je t’entends, petit réac’, scander que « oui mais quand même, y’avait des CRS, on a pris des lacrymos, c’est pas sympa » – Non, c’est pas sympa, c’est vrai. Mais ce n’est pas nouveau non plus. Ça arrive même régulièrement en manifestation, surtout quand on s’accompagne de membres du GUD et autres gentils fafounets. Si tu avais déjà été manifester pour autre chose que l’interdiction aux autres d’avoir les mêmes droits que toi, tu le saurais. Allez tiens, une petite astuce d’un de tes camarades pour la prochaine, qui s’avèrera sûrement d’une efficacité redoutable et que je vous encourage tous à essayer, c’est cadeau :

via @a___k

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Mais ne nous égarons pas telles les brebis de Dieu (ou de Joseph ? Je ne sais plus lequel était berger, c’était y’a longtemps le catéchisme et en plus ça n’avait déjà aucun sens).

 

Y a-t-il un psychiatre dans la salle ?

Y a-t-il un psychiatre dans la salle ?

On a devant nous un groupe de gens qui s’imaginent vraiment révolutionnaires, alors qu’ils cherchent à ancrer plus profondément encore des valeurs archaïques d’un patriarcat primaire. Le plus dur dans tout ça, c’est qu’ils ne s’en rendent même pas compte, pour la plupart, et ne comprennent pas. Ils y croient pour de vrai ; preuve en est qu’au moment où je vous parle, une poignée de guignols joue à la dînette et au SDF sur les pelouses du Luxembourg. Si, si.

Tout est prétexte à la surenchère des comparaisons les plus absurdes. Quand ce n’est pas Boutin qui fait des parallèles ubuesques (entre deux piqûres de calmant), c’est Guaino qui parle carrément de « réforme de la civilisation » (rien que ça ; on vous rappelle quand même que les Belges, les Canadiens, les Espagnols et les autres civilisations réformées vont bien, d’après elles-mêmes). On pourrait me dire que c’est un concours de blagues, je te jure que j’y croirai. 

 

via @Silver

via @Silver

Outre la démesure du terme de « printemps français », je suis principalement choquée par le peu de respect accordé aux Printemps Arabes, qui ont vraisemblablement volé au-dessus des têtes des antis-égalité. J’ai suivi les tweets depuis la Place Tahrir. J’ai suivi des mouvements au Soudan. J’ai lu, vu, entendu des témoignages de combattants, de jeunes qui y ont perdu des amis ou des frères. Je m’informe encore sur la Syrie, quand vous préférez vous concentrer sur le juge Gentil. Et j’ai beau chercher, je ne vois pas un seul point de rapport entre les deux mouvements. Si quelqu’un a une vraie explication à me donner, et pas une connerie dans la trempe de « ouaaais mais c’est un symboooole, tu comprends rien parce que t’es de gauche », je veux bien qu’il me le laisse en commentaires.


Parce que de là où je vous regarde, je peux vous assurer que je ne vois pas une révolution, je ne vois qu’une bande de demeurés en œillères. 

Homo-folie.

« Rendez-vous à 14h au métro Mouton-Duvernet, on finira de bomber des t-shirts ‘J’AIME TA FEMME’ ! »

J’y étais. En retard (une fois n’est pas coutume), à cause de la foule compactée dans les couloirs du métro qui m’empêchait d’y circuler et d’en sortir. Dehors, il y avait du monde, du soleil, et une bonne ambiance. Pour un rassemblement petit budget (20.000€, contre 1M€ pour les antis du 13.01), et malgré le fait que je déplore évidemment l’absence de couverture médiatique, c’était globalement plutôt très réussi.
Même si je pense que cette loi est vouée à passer, et qu’une manifestation pour l’appuyer a quelque chose d’un peu inutile en soi, c’est avant tout pour l’Égalité que j’ai marché. Égalité pour tout et pour tous ; parce que de quel droit certains humains se considèrent-ils plus importants, plus respectables, plus à même de mener une vie correcte que d’autres ?
  

« Je ne suis pas homophobe, mais… »

Ah mais si mon grand, tu l’es. Parce que tu vois, le suffixe –phobe, contrairement à ce que tu penses, ne traduit pas seulement la crainte, il renvoie étymologiquement (encore un coup des Grecs gays de gauche) au mépris, à la haine, au rejet et, par extension, à la discrimination. Quand tu aimes bien tes copains pédés parce qu’ils te font bien marrer le week-end mais que tu estimes qu’ils ne sont pas capables de vivre une relation assez saine pour élever un enfant, ça fait malheureusement de toi un homophobe. Ah oui, c’est désagréable à lire, j’entends bien, et je comprends que tu refuses d’accepter l’évidence. Et pourtant.
  
L’homophobie allant de pair avec le sexisme et se ralliant donc directement à la domination patriarcale, ce sont principalement les discours discriminatoires des femmes envers l’homosexualité masculine qui me rendent malade. 
 
Madame – Christine ? Je peux t’appeler Christine ? – te rends-tu compte qu’en qualifiant les homos de « pédale », « tarlouze » ou de « tapette » (oui, même pour rire), tu t’attaques en fait à ton propre genre ? As-tu conscience que tu blâmes un homme parce qu’il aurait quelque chose de féminin ? Que tu es en train de lui dire, ni plus ni moins, qu’il devrait avoir honte de se rabaisser à faire quelque chose de si méprisable et faible, que ce soit par la réception d’une pénétration, l’intonation de voix ou par un style vestimentaire ?  
Et toi, monsieur – Samuel ? Je peux t’appeler Samuel ? – , si l’on considère que ton aversion pour l’homosexualité masculine prend appui sur ce que l’on vient d’évoquer, peux-tu à présent m’expliquer en quoi l’homosexualité féminine te rebute ? Est-ce parce que ces folles de femmes ne seront jamais à la hauteur d’un homme et que c’est peine perdue d’essayer ? Ou bien peut-être parce que nous n’avons pas besoin de ta verge pour nous contenter, contrairement à ce que tu te complais à croire (et ce quel que soit notre penchant, pour info) ? Dis-moi surtout pourquoi les pornos lesbien sont ton premier choix, la nuance m’intrigue.

Il n’y a pas un seul argument contre le mariage homo qui soit recevable. 

Chacun est plus stupide que le précédent et bien que beaucoup d’excellents articles aient déjà été écrits à ce sujet, j’aimerais prendre un peu de temps pour répondre plus profondément à certaines des aberrations que j’ai pu lire dans les débats du #mariagepourtous. J’ai d’abord voulu puiser dans twitter, mais ça me forçait à visiter les pages de Samuel Lafont, de l’abbé Grosjean, de Copé, de Boutin, et de tous leurs copains, ce que mon médecin m’a formellement interdit. Alors ce sera ma petite sélection-résumé et puis voilà.

Idée reçue des antis n°1 : « Les homos se sodomisent, donc il sont déviants ».

Pas plus que les hétéros, loin s’en faut. Les pratiques sexuelles les plus cheloues, ce ne sont pas les homos qui m’en ont enseigné l’existence. Ils n’ont pas non plus le monopole de la partouze, de la sodomie ni du fist-fucking (mais là on va commencer à partir dans une analyse freudienne de ta phase anale et s’éloigner du sujet principal, alors je chut).

Idée reçue des antis n°2 : « Puisqu’ils sont déviants, ils ne sont pas en mesure d’éduquer un enfant ».

Ah bon ? Parce que vous allez me dire, tous les parents de France, que vous n’avez pratiqué que le missionnaire bien sagement en prenant bien garde d’attendre le mariage pour ne pas provoquer la colère divine avant de procréer ? Parce que ce que tu fais de ton cul dans l’intimité caractérise ta capacité ou non à être un bon parent ? Ah. 
À moins de te filmer et de montrer ton œuvre à ton enfant comme support éducatif ensuite, ce qu’il se passe dans la chambre des parents y reste. Chez tout le monde, oui. (Sauf dans le Nord, bon.)

Idée reçue des antis n°3 : « Un enfant a besoin d’un père et d’une mère pour se développer normalement. »

Bon alors là, j’en profite pour partager ce paradoxe merveilleux illustré par Klaire, qui résume parfaitement le tout : 
Tout est là.
Les antis ne semblent effectivement pas concevoir que l’enfant n‘aura de gêne de sa situation familiale qu’au travers de la haine et du mépris engendrés par notre belle société ; en d’autres termes : sans vous, il ira très bien. Et au passage, on peut avoir un père et une mère et grandir dégénéré avec plein d’autres problèmes beaucoup plus graves. Mais là, c’est encore autre chose, c’est un débat sur le genre qui se profile et qui va encore donner lieu à de magnifiques conneries. « Je ne suis pas sexiste mais » is the new « je ne suis pas homophobe mais ».

Idée reçue des antis n°4 : « Ils ont déjà le PACS, qu’ils nous laissent le mariage.»

Et celle-là, j’ai eu tout le loisir de me l’entendre dire en direct-live. Le courroux.
Alors, oui, c’est vrai, le PACS existe. Pour les couples homosexuels et hétérosexuels. Soit dit en passant je connais plus de couples hétéros pacsés que de couples homos, comme quoi finalement ce n’est peut-être pas la meilleure alternative. Si ? Alors ok, dans ce cas, supprimons carrément l’union civile et remplaçons la par le PACS pour tous ! Bravo !

Idée reçue des antis n°5 : « Ça va ouvrir les portes de la pédophilie et de l’inceste ! »

Je l’aime beaucoup celle-là. Je vous épargne la nécro-zoophilie et les diverses versions de la sornette, restons en à ces deux pratiques sympathiques.

Donc en fait, non. Enfin sauf si les amendements n° 4661 et 4668 extraordinairement imbéciles proposés par ce cher Mr Bompard sont adoptés. Auquel cas, il ne faudra pas venir pleurnicher que c’est de la faute de la gauche et des pédés, ce monsieur n’est ni l’un ni l’autre, bien au contraire.

Idée reçue des antis n°6 : « L’amour n’a rien à voir là-dedans, c’est le modèle familial qui prime.» 

Pardon, mais si. En France comme dans beaucoup de pays, le mariage blanc est interdit. Or, qu’est-ce qu’un mariage blanc ? Bravo : c’est un mariage arrangé et dénué d’amour. Gommette smiley sur ta copie. 
Quelques mots de Marcel Rufo, pédopsychiatre :
« Il est curieux d’accepter l’adoption monoparentale et de s’opposer à l’adoption homoparentale sous prétexte que les enfants ne trouveraient pas chez les couples homosexuels les différences sexuées nécessaires à leur travail d’identification. »
 
L’adoption n’est déjà pas une démarche aisée pour les hétéros (seuls ou en couple). Vous imaginez-vous VRAIMENT qu’à la seconde où la loi sera votée, une espèce de trafic d’enfants prendra place dans notre chère patrie ? Que l’on placera plein de gamins chez plein de n’importe qui ? Allons. Non seulement les couples homos auront autant de mal à adopter qu’un couple hétéro (youpi), mais en plus, puisqu’il ne suffit pas qu’une loi les y autorise pour que tout se passe bien, ils feront encore régulièrement face à cette discrimination dans leurs démarches… Eh oui, ce n’est pas parce que le racisme est interdit que les discriminations raciales n’existent plus, hein, et le droit au mariage et à l’adoption pour tous ne feront évidemment pas changer tout le monde d’avis en un claquement de doigts. En revanche, il contribuera à l’évolution des mentalités, à l’ouverture d’esprit collective, et à un progrès sociétal.
En définitive, comme l’expliquait une jeune fille très sensée (dont j’ai oublié le nom) à notre grand champion Henri Guaino au Grand Journal il y a quelques semaines, les couples homosexuels et homoparentaux existent déjà en France, le mariage ne ferait que simplifier les choses. Il n’est pas question de marier tous les couples homos (et quand bien même ?), il est question d’égalité, de donner à chacun les mêmes droits, de ne pas discriminer deux personnes qui s’aiment parce qu’ils sont nés de même sexe tandis que l’on autorise à une personne seule d’adopter ou de fabriquer un enfant, tant qu’il montre patte blanche (comprendre « sexualité approuvée »).
Non, les homos ne sont pas moins bien que les hétéros. Il y a des cons partout, et comme statistiquement seulement 10% de la population française est homosexuelle, ça nous met quand même beaucoup plus de cons du côté des hétéros. Je dis ça …


À voir ou à lire :
* « L’homophobie, c’est ça«  – Poupée Barbu