« Air Bonnie Li », un trip-hop envoûtant et engagé.

Extrait du clip de

Bonnie Li est une chanteuse-performeuse de Trip-Hop-Électro. Depuis ses débuts, elle opérait seule en one-woman-band, munie d’un sampleur, de micros, de quelques instruments loufoques, d’une loopstation et de sa voix captivante. Mais en 2013 le projet a évolué, et elle partage désormais la scène – et la création – avec Elia M., son live «Machine-Man» de talent.

Nous nous sommes rencontrées au détour d’une convention de tatouages en 2011, et c’est en discutant avec elle que j’ai découvert son travail. Je me suis ruée sur son premier EP (« Short Stories vol.1 », 2010), et j’ai eu la chance de découvrir le second en avant-première avant sa diffusion officielle (« Short Stories vol.2 », 2011), ce qui m’a naturellement poussée à lever mes fesses de mon fidèle canapé pour aller voir la version live.
Spoiler alert : j’ai pris une claque.

Sa musique, ses valeurs et son engagement en font une artiste complète à l’univers unique, qui mérite d’être diffusée. Rencontre avec Bonnie au jardin du Luxembourg à l’occasion de la sortie de son dernier EP « Plane Crash », pour parler de tout ça sous le soleil :

Hey Bonnie, long time no see – tu peux nous faire un récap’ de ton background ?
Hey ! Je suis née en France mais j’ai passé mon enfance à Hong Kong jusqu’à mes 16 ans. Puis j’ai passé quelques années à San Francisco, ville pilier d’un mouvement qui fera partie intégrante de mon mode de vie par la suite mais où j’étais très malheureuse à l’époque (j’avais assez mal vécu le choc des cultures, et je me sentais isolée et loin de tout dans la Silicon Valley !) J’ai ensuite débuté des études d’Anthropologie et de Musicologie des pays de l’Asie du Sud-Est au Canada (Montréal) avant de me balader du côté de Berlin et de décider de m’installer en France.

Comment tu te définis ?
Queer, out et fière !

Comment as-tu commencé la musique ?
En fait je ne sais pas … depuis gamine j’écrivais dans un journal, mais quand je me relisais, je trouvais ça chiant et inintéressant – donc je me suis dit qu’à la place je devrais peut-être écrire des chansons. J’ai développé ça au Québec, pendant mes études. Tout ça s’est orchestré autour de mes rencontres, lorsque je vivais dans une sorte de loft/squat entourée de musiciens, performers artistes, plasticiens, ….dealers ! (rires) J’ai trouvé ça très riche et mes styles musicaux ont évolué là-bas aussi. J’ai grandi avec MTV à Hong Kong, ce qui ne me satisfaisait pas vraiment, mais je me rendais souvent en Chine et à ces occasions j’ai découvert l’Opéra classique Chinois, que j’ai beaucoup écouté. J’adorais, c’est à la fois tellement kitch et génial, et puis toute cette culture du travestisme m’a beaucoup plu aussi. 
Puis je suis venue a la folk, au jazz … Nina Simone, Billie Holiday … avec leur destins tragiques ! Ce sont aussi elles qui m’ont amenée au féminisme.
Au Québec je me suis orientée sur le rock psyché alternatif, style The Velvet Underground, donc assez différent de ce dans quoi je baignais avant. Toutes ces influences se sont mélangées dans ma tête et se sont collées à mes textes.

J’ai l’impression que ton dernier EP est plus dark et qu’il prend une dimension plus engagée (notamment avec ‘Mallory’ ou tu abordes implicitement le sujet d’une relation lesbienne) …
Effectivement oui, l’ambiance est beaucoup plus lourde dans les tracks. La musique c’est un peu comme une thérapie pour moi, j’ai tourné la page sur une période très douloureuse de ma vie personnelle qu’il fallait que je vomisse avec cet EP, d’une belle façon j’espère. :) Dans le morceau ‘Mallory’ je parle de la rencontre avec cette fille paumée mais talentueuse, et de mon envie de la sortir de cet état et du milieu salace dans lequel elle évoluait. La chanson parle d’amour en effet mais pas forcément d’une relation amoureuse. En fait j’ai shooté et dirigé le clip de cette façon pour laisser le spectateur se faire sa propre idée, car au final s’il interprète le track comme une ‘relation lesbienne explicite’ et que des personnes s’y identifient, ça me va aussi !

Bonnie Li + Elia M. = AIR BONNIE LI

Depuis que tu bosses avec Elia, je trouve que ta musique et surtout tes performances scéniques ont pris une ampleur de dingue. Est-ce que ça a été bizarre ou difficile pour toi de passer d’un projet féminin solo un duo avec un homme ?
Non, j’étais prête pour ça. J’ai mis du temps à « m’accoupler » avec quelqu’un parce que je suis assez control freak et que déléguer du travail si personnel s’était avéré très compliqué par le passé. C’est très enrichissant de tourner en solo, mais j’y ai aussi vu mes limites. Je me suis demandé ce que je faisais vraiment : performance, ou musique ? Au début le projet était DIY et expérimental, j’ai commencé en me lançant sur scène comme sur un ring ! Je voulais me battre, tout donner, tu vois ? C’était décousu mais à la fois joyeux et festif. Je me baladais entre les gimmicks que le public me donnait ou qui me venaient des gens que je rencontrais, c’est aussi ce qui a donné cette construction chaotique. Je m’éparpillais sur scène, je perdais le contact avec le public parce que je devais tout gérer en même temps ; c’était très bien au début parce que ça a un coté punk (que j’assume totalement), mais je me suis dit … si tu veux t’exprimer comme chanteuse, musicienne, performeuse, et femme, il te faut un background solide sur scène.
Depuis … j’ai mûri, j’ai vieilli, je peux officiellement le dire j’ai 30 ans, je suis vieille ! Je sais maintenant ce que je veux faire et où je vais. La rencontre avec Elia s’est faite naturellement, par des ami-e-s. Il vient du milieu des Free Parties et du Hardcore mais il a aussi un gros bagage Rock et Noise ! Dès qu’on nous a présentés, on a super bien accroché humainement, et ça s’est fait facilement. Il a un coté très cool donc ça ne l’emmerde pas de me laisser faire mes trucs. Il s’occupe donc de l’instru en live, et moi j’ai plus qu’a gérer les voix et un peu de sampler.
La dimension live est importante parce qu’on n’est pas synchronisés ; je dois donc être concentrée et à son écoute pour que toutes les machines soient calées. Sa place est primordiale et en même temps je reste front woman, c’est un bel équilibre !

Donc ça n’a rien changé par rapport à ta première idée du projet ?
En fait je ne me rendais pas compte d’à quel point je pouvais pousser le projet. Avant je n’allais pas au bout de mes gestes et de mes pensées, j’étais frustrée, mais maintenant tout est possible ! Ça m’a apporté encore plus de confiance sur scène. Le contrecoup c’est que parfois je m’oublie en lui faisant trop confiance ! Avant je checkais tous mes trucs et maintenant il arrive que je me laisse un peu aller…oups !

J’imagine que vous partagez les mêmes valeurs ?
Oui c’est aussi pour ça que ça marche aussi bien. On fait pas mal de concerts avec un engagement queer ou féministe derrière et il est extrêmement à l’aise avec tout ça. Et tant mieux parce que c’est très important pour moi.

Je vois que tu tournes de plus en plus, même à l’étranger (kudos) – Est-ce que tu cherches à te produire dans des events importants ou préfères-tu viser des events plus underground ?
Je suis ouverte à tout en fait. Si j’aime le concept, les gens, qu’on a la même philosophie ou que je sens simplement qu’il y a un propos intéressant, quelque chose à faire … j’irai. Je me fous de la structure ; on joue dans des squats comme pour Madame Figaro ! Sans avoir une (ou plusieurs) boites de booking, c’est de toutes manières difficile d’être programmée sur des gros festivals ; en autoprod et sans l’aide d’un tremplin, t’es juste pas bookée. C’est donc plus par manque de structure que de désir perso que ça ne se fait pas. D’ailleurs, on est à la recherche d’un label !

Tu serais capable de refuser un gig ? Pour le FN par exemple …
Ouais. Ouais. Ça, ouais ! (rires)

PLANE-CRASH EP cover © Marie Magnin

PLANE-CRASH EP cover
© Marie Magnin

C’est quoi la suite pour AIR BONNIE LI ?
Quelques dates avant l’été* qu’on va essayer de capter pour avoir de l’actu vidéo live plus récente (ça nous manque un peu). On passera notamment par la Hollande au Counter Culture Festival pour la deuxième fois ! C’est un festival gratuit, eco-friendly, gay-friendly, queer, punk, ragga … tout est mélangé et l’ambiance est géniale ! On est super contents, si on peut amener de l’art pour peu ou rien … c’est important pour nous. C’est aussi pour ça que je pense déménager de Paris, peut-être rejoindre ma chérie à Berlin. J’ai commencé le projet là-bas, c’est une ville qui m’a séduite dès le début. Mais bon pour le moment Elia est bien à Paris – on est dans une relation classique et hétéronormée comme je les vomis mais que je dois accepter ! (rires) Cela dit les nouvelles technologies devraient pouvoir nous permettre de trouver un arrangement.
Bref on tourne « Plane Crash » pour cet été mais en termes de créations je suis déjà sur autre chose. Je compte sortir un truc à la rentrée, sûrement encore sur un format d’EP (le quatrième donc) qui finalement me convient bien et qui devrait avoir un peu plus de tracks que le dernier. Et puis si tout roule, l’album en 2016 !

Et les prochains thèmes que tu voudrais aborder ?
Le statut de la femme dans nos sociétés, les relations amoureuses par correspondance, et la photosensibilisation :)

Tu as envie d’ajouter quelque chose ?
L’important c’est qu’on se sente bien dans ce qu’on fait sans juger les autres en fait. Je suis encore naïve, j’ai envie de croire que les gens sont bons et que l’humain est bon ! (rires) Amen !
Définitivement queer, for ever and ever – be yourself !

* Retrouvez Bonnie Li en live :

2 mai : El Diablo, Lille (59)
15 mai : File 7, Magny le Hongre (77)
30 mai : Counter Culture Festival, Utrecht (NL)
5 juin : La Boule Noire, Paris (75)

À écouter, découvrir, partager, ce que vous voulez :

En écoute sur : BandcampiTunes Air Bonnie LiSoundCloud

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Plus d’infos : « Plane Crash », chronique sur trip-hop.net

La culture bouillonne

Bfd3yvuIgAA5fD2Quand j’ai vu passer les premiers tracts des Journées de retrait de l’école, je me suis dit que ça n’augurait rien de bon. Je me suis demandé quel impact ça pourrait avoir, jusqu’où on pouvait pousser la désinformation. On a eu la réponse quelques semaines plus tard avec l’histoire des sms qui racontaient à des parents crédules qu’on apprendrait aux enfants à se masturber en classe. La mauvaise foi et les informations fausses sont accueillies en liesse par le comité des Manif pour tous & friends – « Chouette, encore un truc nul à faire circuler, on pensait pas qu’on trouverait plus con que nos slogans anti-mariage, mais on va pouvoir s’amuser avec le djendeur….le jendère….le jondeur….la théorie là ! »
Bien conscients qu’ils n’arriveraient à rien avec la vérité, les militants en herbe et en mocassins propagent des mensonges, notamment sur les questions du programme de l’ABCD de l’égalité dans les écoles. On voudrait donc supprimer toutes les différences entre les garçons et les filles et les forcer à être homosexuels, ou encore obliger un petit garçon à être coiffeur alors qu’il voudrait être maçon, comme l’expliquait Ludovine de la Rochère avec conviction sur le plateau du Grand Journal début février, démontrant habilement aux téléspectateurs à quel point elle n’a définitivement rien compris. Marrant comme on retrouve les mêmes méthodes de désinformation chez les partis d’extrême droite. Coïncidence oui, bien sûr, on va dire ça.

Bref, des conneries qui ont le don de me faire rire et de m’agacer à la fois, on leur accordera au moins ce mérite.
Ça me fait rire quand je les vois se ridiculiser (c’est-à-dire souvent). Là où je m’agace ou me mets carrément en colère, c’est quand j’en relève l’impact.

Je n’en ai pas encore parlé ici mais depuis la rentrée, je participe avec SOS Homophobie aux interventions en milieu scolaire. Les établissements contactent l’association s’ils sentent qu’il y a un besoin dans leur collège ou lycée, et nous nous déplaçons bénévolement en binômes (avec parfois un-e ou deux observateurs-trices en formation) pour animer un débat dans les classes. Pour information, les classes visitées vont de la 4ème à la Terminale. D’ailleurs, devinez quoi ? Les Terminales sont beaucoup plus blasé-e-s sur l’évolution des mentalités que les collégien-ne-s. Parce que chez elleux c’est déjà construit, et qu’il est plus difficile de déconstruire quelque chose qui s’est solidifié au fil des années que de proposer des alternatives pendant la mise en place de tous les stéréotypes. C’est pas moi qui le dis là, ce sont les élèves. Nous engageons avec eux des discussions, au fil desquelles nous abordons différents modes d’oppressions pour les mettre en parallèle. C’est d’ailleurs souvent lorsqu’on en arrive au sexisme que l’on voit à quel point les stéréotypes sont déjà massivement établis, et ce pour les 4ème comme pour les Terminales. Loin de forcer tous les élèves à être homosexuel-le-s ou à changer d’identité, nous les encourageons surtout à se respecter et à se comprendre : on a le droit d’être mal a l’aise devant l’homosexualité, mais ce n’est pas une raison pour devenir violent-e, méprisant-e, ou insultant-e.
Pour en revenir à l’impact que peut avoir la désinformation des adultes sur les plus jeunes, on entend parfois un slogan LMPT sortir de la bouche des élèves. Et on sait parfaitement dire quand ça ne vient pas d’eux : ils sont absolument incapables de développer leur idée au delà du slogan.

Et puis dernièrement, un ami qui a une compagnie de spectacles m’a relaté une anecdote à ce sujet qui a attiré mon attention. Nous en avons parlé et il a accepté de répondre à quelques questions pour que j’en relate les faits ici :

Le spectacle en question existe et tourne depuis mars 2009. Ils sont quatre sur scène, « enfermés » dans un espace qui est représenté par un parquet qui rapetisse jusqu’à la fin. « On est là et on a des interactions, par le jonglage, la parole, le physique. Notamment, il y a beaucoup de travail autour des mains, et sur l’action de poser une main, sur soi, sur quelqu’un. C’est un truc abstrait qui évoque beaucoup de codes sociaux (la gifle, la tape dans le dos, la caresse, la poignée de main, repousser quelqu’un, etc.). On joue beaucoup avec ça dans plusieurs séquences disséminées dans le spectacle. Au fur et à mesure que le spectacle avance, elles sont moins cool et plus violentes, plus invasives. Le fait de se toucher est plus ressenti comme une agression, une transgression de l’espace personnel (attention : c’est un toucher social, pas sexuel).»

Jusque là, pas de quoi s’alarmer. Sauf qu’au milieu de ces échanges entre les personnages se glisse un baiser. Un baiser entre deux hommes, les protagonistes étant tous de sexe (et de genre) masculin. « Le baiser est donc une action parmi d’autres, au milieu de cette chorégraphie de mains. C’est une transgression très forte de l’espace personnel de quelqu’un que de l’embrasser de façon imprévue. C’est donc pour ça qu’il est là, pour atteindre cet extrême. C’est un point d’orgue du spectacle, un moment ou on commence vraiment à manquer d’espace personnel. » Eric ajoute également que le fait d’intégrer un baiser dans les échanges n’a pas de vocation militante. D’ailleurs, l’artiste qu’il embrasse à ce moment-là le repousse violemment ; ils ne se mettent pas soudain à forniquer devant le public, s’il est besoin de le préciser.

Ce spectacle est catégorisé « tous publics ». La compagnie a donc pour habitude de se produire face à un public familial, et parfois face à des classes lors de représentations scolaires. Ils n’avaient jusqu’alors eu que de très rares soucis, généralement plutôt liés à un passage de « fausse nudité » (Éric baisse son pantalon et se retrouve nu, mais penché en avant et de face – autant dire qu’on ne voit rien si ce n’est un dos et des pieds, damned), qui avait notamment, une fois, choqué une famille très pratiquante. Sinon, de manière générale, les plus jeunes se contentent d’un « baaaaah » de dégoût au moment du bisou, et puis on passe à autre chose. Je dis bisou et pas baiser, parce qu’ils ne mettent même pas la langue, les nuls. « Globalement soyons honnêtes, ça se passe toujours bien. Les fois ou ça ou le nu passe mal, on s’en souvient car c’est une minorité. »

Seulement, lors des représentations scolaires à Orléans début février, la compagnie a fait face à un événement inhabituel : au milieu du spectacle, pendant un solo qui prend place quelques minutes après le fameux bisou, une partie du public s’est levée pour sortir (deux classes et leurs instituteurs respectifs). « À ce moment, on ne sait pas trop pourquoi il se passe ça, on pense plutôt à un truc pratique genre un bus qui doit partir (ça parait dingue mais ça nous est déjà arrivé). » Ce n’est qu’après le spectacle, en discutant avec une institutrice encore présente et avec le directeur du théâtre que l’explication est lâchée : les deux instituteurs qui ont fait sortir leurs classes font partie d’une école catholique, et c’est le bisou qui a provoqué leur décision de priver leurs élèves de la fin du spectacle. Ce faisant, ils ont non seulement perturbé le rythme du spectacle («30 mômes entre 6 et 9 ans qui se lèvent dans le noir, avec les sièges à battants, etc. ») mais fait planer des questionnements sur les gamins qui sont restés et qui se sont de fait demandés quel pouvait bien être le déclencheur de cette réaction désolante.

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Le lendemain, pendant l’échauffement, une responsable du théâtre vient chercher les artistes pour les prévenir qu’il y a sur le parvis des parents qui dissuadent des classes d’assister à la représentation du jour. Une mère convainc deux groupes avant qu’Eric ne puisse venir discuter avec elle du problème. Son enfant, qui avait donc assisté au spectacle et au départ de ses camarades, lui aurait relaté des scènes d’hommes nus qui se tapent dessus sans qu’on sache pourquoi. Pour avoir vu le spectacle, je ne saurai que trop recommander à cette dame d’emmener son enfant chez un bon ophtalmo mais admettons. Pour Eric,comme pour moi-même, bien que le gosse n’ait pas relevé le bisou problématique (comme quoi, hein), « sans la sortie des deux classes, le spectacle n’aurait pas été perçu de la même manière par ceux qui sont restés. Une classe qui sort, cela crée directement une situation où « il y a un problème », et les enfants ne sont pas neuneus, même à 6 ans ils perçoivent cette tension. Et je dirais même qu’il reçoive le message qu’il y a quelque chose de « mal » dans le spectacle (la preuve, d’autres maître-sse-s sont sorties) (…) En résumé, selon moi, sans la sortie des cathos, le spectacle n’aurait pas été regardé comme « bizarre » ou « mal » par les enfants, il n’y aurait pas eu de retours négatifs, et de toutes façons cette mère de famille n’aurait pas géré les retours comme ça si elle n’avait pas entendu dire que des classes s’étaient barrées. »

Une conclusion étayée par un constat simple : « Une telle avalanche de débilité, ça ne nous était jamais arrivé. »

Quelques jours plus tard, je voyais passer ce message sur le facebook de la Cie Interligne :

Spectacle « Quand même » annulé !
« Ce mail pour vous informer que la représentation de « Quand Même ! » demain 13 février 2014, est annulée. Des groupuscules d’extrême droite ont fait pression et menacé le rectorat pour que la représentation n’est pas lieu. Étant donné le contexte actuel et voulant préserver la sécurité des collégiens (il s’agissait d’une représentation scolaire), nous avons donc été obligés d’annuler. Nous espérons que cette représentation sera reportée à une date ultérieure. Merci d’en prendre note !
Et pour info, voici la présentation de ce « dangereux » spectacle : « Envie de parler de nous, de notre condition de femmes, de créatrices et d’héritières de 68, mais pas seulement…Un spectacle drôle et mordant, optimiste et méchant, corrosif et libre ! Libre dans le ton, où nous évoquons pêle-mêle les mythes, les inégalités, la violence faite aux femmes, la psychanalyse, l’éducation, la sexualité, l’émancipation, la religion… et dans la forme où nous mêlons théâtre, chansons, musiques, textes d’auteurs et écriture personnelle. Devant l’ampleur du sujet et des sources, il a été fait le choix d’une parole d’aujourd’hui, intime. Un hymne aux femmes par deux femmes.

Les actions de propagande des extrémistes touchent maintenant à la culture… On parle désormais d’interdire des livres dans les bibliothèques ou de les changer de rayon, on attaque les sites d’informations pour les jeunes en questionnement qui ne peuvent pas toujours se référer à l’environnement familial pour discuter de leur sexualité (parfois c’est juste tabou, parfois c’est carrément mal vu voire interdit), et puis on veut forcer les gamins à louper un jour d’école de temps en temps, pour appuyer le militantisme mal placé des parents.

Et après ça vient nous parler de manipulation des enfants… ben tiens.

Rappelez-moi juste ce que font les dictateurs de la culture lorsqu’ils prennent le pouvoir?

« Dictature socialiste », vous êtes sûrs?

Lire aussi :

« Les catholiques intégristes de Civitas veulent empêcher la diffusion du film Tomboy sur Arte » – Slate

« Rumeurs sur la « théorie du genre » : un proviseur annule une sortie théâtrale »

"Et l’Hétéro Pride alors, c’est quand ? C’est pas juste !"

Au fil de ma TL je suis tombée cette semaine sur un billet du blog A girl called Jack. Ce billet a fait écho à une question que j’ai entendu plein de fois, et qui m’irrite beaucoup, même en tant qu’hétéro. Cette question que Gad Elmaleh a trouvé futée et suffisamment fine pour la poster sur twitter (oui bon, en 2012, mais quand même) : 
Culotté ouais. 
La réponse de Jack à toutes les personnes qui pourraient se poser sérieusement la question : 

« « Elle est où la Hétéro Pride ? Pourquoi les homos ont-ils droit à un jour spécial ? C’est pas juste ! »
Si on me donnait un euro à chaque fois qu’on me pose cette question, eh bien, j’aurais quelques euros. 

L’Hétéro Pride, c’est pouvoir marcher dans la rue en tenant la main de ta moitié sans être alpagué-e par les groupes d’ados qui traînent en bas des immeubles.
L’Hétéro Pride, c’est pouvoir entrer dans un club ou un bar sans se faire menacer, sans que les hommes ne vous dévisagent en enveloppant leurs femmes de leurs bras protecteurs. (Parce que les lesbiennes kiffent sur TOUTES les femmes, vous savez ? Surtout celles qui flanquées de grands copains en manque de confiance. Challenge, hein.)
L’Hétéro Pride, c’est pouvoir cocher la case « hétéro » sur un formulaire sur l’égalité et la diversité au travail sans se demander qui pourrait le lire, et quelles seraient leurs vues à propos de votre sexualité.
L’Hétéro Pride, c’est pouvoir embrasser qui vous avez envie d’embrasser, où que vous soyez, sans y penser ni lancer un regard furtif autour de vous ensuite pour savoir qui vous a peut-être aperçu-e-s.
L’Hétéro Pride, c’est pouvoir échanger des bagues et des vœux et s’engager à vie sans avoir à se contenter d’un ‘partenariat’ de seconde zone et presque business, quand ce que vous voulez vraiment est un mariage.
L’Hétéro Pride, c’est quand votre père obtient un MBE, vous autorisant donc à vous marier aux abbayes de St Paul ou Westminster… mais que vous ne pouvez pas en profiter parce qu’ils ne vous laisseront pas épouser une femme là-dedans.
L’Hétéro Pride, c’est quand des étrangers ne vous demandent pas si vous êtes ‘hétéro’ – parce que votre vie sexuelle ne les regarde pas.
L’Hétéro Pride, c’est pouvoir dire « non » à un homme sans qu’il te réponde « je pourrais te détourner » – comme si ta sexualité était complètement malléable ; quelle gourde d’avoir pu croire que tu ne pourrais pas la changer.
L’Hétéro Pride, c’est pouvoir vivre sa vie sans la peur d’être harcelé-e, persécuté-e ou rejeté-e.
L’Hétéro Pride, c’est ne pas avoir à sortir du placard devant ses amis, sa famille, ses collègues et des étrangers perpétuellement.
L’Hétéro Pride, c’est ne pas avoir à mentir, mâchoires serrées, à propos de sa vie amoureuse pour se la simplifier.
L’Hétéro Pride, c’est ne jamais avoir à se demander si son fils sera harcelé à l’école parce que sa maman est lesbienne.
L’Hétéro Pride, c’est ne jamais avoir à la fermer quand votre collègue – femme hétéro – organise ouvertement des soirées clubbing mais ne vous y invite pas, parce qu’elle n’est pas sûre de savoir « où votre genre traîne ».
L’Hétéro Pride, c’est ne pas avoir à traverser une foule de manifestants brandissant le message « DIEU HAIT LES PÉDÉS », d’hommes et de femmes qui vous hurlent au visage, pour pouvoir assister à une conférence de Stonewall.
L’Hétéro Pride n’a jamais été désinvitée d’un mariage pour le motif d’avoir voulu s’y rendre avec son ou sa partenaire.

Personne n’a jamais été battu à mort pour un look un peu trop hétéro, ou subi un viol correctionnel pour être tombée amoureux-se du genre opposé. J’ai été agressée dans un bar à Southend il y a quelques années. Mes cheveux étaient rasés. L’ironie de la situation a fait qu’on m’a prise pour un homme gay. Apparemment, pour le skin bourré qui se tenait à ma droite lorsque je suis entrée dans le bar, c’était la seule justification nécessaire au fait de me frapper et de me dire que « les putains de pédés sont pas bienvenus ici ». On m’a dit que j’étais « trop jolie pour être gay », perpétuant les mythes blessants et insultants que toutes les lesbiennes sont une sorte de groupe de rejetées qui ne sont gay que par choix, parce qu’ « aucun homme n’en voudrait ».
L’hétéro Pride est acquise, chaque jour. Elle est invisible, ne choque pas, et perpétue silencieusement les normes quotidiennes. Ce sont justement la fierté et les privilèges hétéros qui posent la question belligérante : Pourquoi les gays ont-ils leur propre marche ?

Je suis reconnaissante du fait que, après des campagnes incessantes et une modification graduelle des comportements, je grandisse dans une génération ou je PEUX tenir la main d’une femme en public, me couper les cheveux courts et sortir du placard devant des milliers de personnes aussi rapidement que je peux appuyer sur le bouton ‘publier’.

Pour reprendre la citation de Martin Luther King : j’ai un rêve, celui qu’un jour un homme ne sera pas jugé pour qui il aime, mais pour qui il est.

J’ai tenté ce truc, de sauver les apparences, j’avais des amis hommes proches pour m’accompagner en soirée parce que je ne voulais pas être plus regardée que la mariée ou «causer un scandale». Ce n’était pas censé être un post de coming out – mais je suis fatiguée d’avoir à réprimer un sourire quand un journaliste me demande si j’ai un copain. Et si je perds des fans ou des lecteurs parce que je suis sortie sans cérémonies du placard, eh bien ainsi soit-il. Ça aurait fini par sortir un jour de toutes manières. Et avec ma coupe courte, mes manches tatouées, les boots Magnum, la bague que je porte au pouce et l’absence perpétuelle de mec – je ne suis pas exactement un stéréotype, mais je suis une fille prénommée Jack. Gay et fière.

Joyeuse journée des fiertés à tou-te-s. Continuez d’apprécier votre Hétéro Pride les prochains 364 jours de l’année, mais celle-ci est pour nous.

Jack Monroe.
Twitter : @msjackmonroe »

En attendant le (vrai) Printemps.

Je sais : mon dernier billet traitait déjà un peu du même sujet mais comme ça ne s’arrête pas (pire, ça continue de plus belle), pas de raison de ne pas réagir de nouveau. Je n’en ai pas pour longtemps, promis.
Donc je voudrais que nous nous posions quelques minutes, ensemble, calmement, et que nous réfléchissions à l’absurdité de ce nouveau titre de « printemps Français ». Bien.
Il y a quelques semaines, on voyait naître le site www.printempsfrancais.fr – Oui, moi aussi, j’ai cru à un gag. Mais pas. CHOC.

Comment peut-on SÉRIEUSEMENT oser comparer des révolutions pour la démocratie à une mascarade anti-égalité ? Qui est le génie qui a réussi à mettre en relation des révoltes ayant causé des dizaines de milliers de morts et quelques milliers de gus défilant tranquillou en t-shirt roses et bleus ?  Je t’entends, petit réac’, scander que « oui mais quand même, y’avait des CRS, on a pris des lacrymos, c’est pas sympa » – Non, c’est pas sympa, c’est vrai. Mais ce n’est pas nouveau non plus. Ça arrive même régulièrement en manifestation, surtout quand on s’accompagne de membres du GUD et autres gentils fafounets. Si tu avais déjà été manifester pour autre chose que l’interdiction aux autres d’avoir les mêmes droits que toi, tu le saurais. Allez tiens, une petite astuce d’un de tes camarades pour la prochaine, qui s’avèrera sûrement d’une efficacité redoutable et que je vous encourage tous à essayer, c’est cadeau :

via @a___k

via @a___k

Mais ne nous égarons pas telles les brebis de Dieu (ou de Joseph ? Je ne sais plus lequel était berger, c’était y’a longtemps le catéchisme et en plus ça n’avait déjà aucun sens).

 

Y a-t-il un psychiatre dans la salle ?

Y a-t-il un psychiatre dans la salle ?

On a devant nous un groupe de gens qui s’imaginent vraiment révolutionnaires, alors qu’ils cherchent à ancrer plus profondément encore des valeurs archaïques d’un patriarcat primaire. Le plus dur dans tout ça, c’est qu’ils ne s’en rendent même pas compte, pour la plupart, et ne comprennent pas. Ils y croient pour de vrai ; preuve en est qu’au moment où je vous parle, une poignée de guignols joue à la dînette et au SDF sur les pelouses du Luxembourg. Si, si.

Tout est prétexte à la surenchère des comparaisons les plus absurdes. Quand ce n’est pas Boutin qui fait des parallèles ubuesques (entre deux piqûres de calmant), c’est Guaino qui parle carrément de « réforme de la civilisation » (rien que ça ; on vous rappelle quand même que les Belges, les Canadiens, les Espagnols et les autres civilisations réformées vont bien, d’après elles-mêmes). On pourrait me dire que c’est un concours de blagues, je te jure que j’y croirai. 

 

via @Silver

via @Silver

Outre la démesure du terme de « printemps français », je suis principalement choquée par le peu de respect accordé aux Printemps Arabes, qui ont vraisemblablement volé au-dessus des têtes des antis-égalité. J’ai suivi les tweets depuis la Place Tahrir. J’ai suivi des mouvements au Soudan. J’ai lu, vu, entendu des témoignages de combattants, de jeunes qui y ont perdu des amis ou des frères. Je m’informe encore sur la Syrie, quand vous préférez vous concentrer sur le juge Gentil. Et j’ai beau chercher, je ne vois pas un seul point de rapport entre les deux mouvements. Si quelqu’un a une vraie explication à me donner, et pas une connerie dans la trempe de « ouaaais mais c’est un symboooole, tu comprends rien parce que t’es de gauche », je veux bien qu’il me le laisse en commentaires.


Parce que de là où je vous regarde, je peux vous assurer que je ne vois pas une révolution, je ne vois qu’une bande de demeurés en œillères. 

Homo-folie.

« Rendez-vous à 14h au métro Mouton-Duvernet, on finira de bomber des t-shirts ‘J’AIME TA FEMME’ ! »

J’y étais. En retard (une fois n’est pas coutume), à cause de la foule compactée dans les couloirs du métro qui m’empêchait d’y circuler et d’en sortir. Dehors, il y avait du monde, du soleil, et une bonne ambiance. Pour un rassemblement petit budget (20.000€, contre 1M€ pour les antis du 13.01), et malgré le fait que je déplore évidemment l’absence de couverture médiatique, c’était globalement plutôt très réussi.
Même si je pense que cette loi est vouée à passer, et qu’une manifestation pour l’appuyer a quelque chose d’un peu inutile en soi, c’est avant tout pour l’Égalité que j’ai marché. Égalité pour tout et pour tous ; parce que de quel droit certains humains se considèrent-ils plus importants, plus respectables, plus à même de mener une vie correcte que d’autres ?
  

« Je ne suis pas homophobe, mais… »

Ah mais si mon grand, tu l’es. Parce que tu vois, le suffixe –phobe, contrairement à ce que tu penses, ne traduit pas seulement la crainte, il renvoie étymologiquement (encore un coup des Grecs gays de gauche) au mépris, à la haine, au rejet et, par extension, à la discrimination. Quand tu aimes bien tes copains pédés parce qu’ils te font bien marrer le week-end mais que tu estimes qu’ils ne sont pas capables de vivre une relation assez saine pour élever un enfant, ça fait malheureusement de toi un homophobe. Ah oui, c’est désagréable à lire, j’entends bien, et je comprends que tu refuses d’accepter l’évidence. Et pourtant.
  
L’homophobie allant de pair avec le sexisme et se ralliant donc directement à la domination patriarcale, ce sont principalement les discours discriminatoires des femmes envers l’homosexualité masculine qui me rendent malade. 
 
Madame – Christine ? Je peux t’appeler Christine ? – te rends-tu compte qu’en qualifiant les homos de « pédale », « tarlouze » ou de « tapette » (oui, même pour rire), tu t’attaques en fait à ton propre genre ? As-tu conscience que tu blâmes un homme parce qu’il aurait quelque chose de féminin ? Que tu es en train de lui dire, ni plus ni moins, qu’il devrait avoir honte de se rabaisser à faire quelque chose de si méprisable et faible, que ce soit par la réception d’une pénétration, l’intonation de voix ou par un style vestimentaire ?  
Et toi, monsieur – Samuel ? Je peux t’appeler Samuel ? – , si l’on considère que ton aversion pour l’homosexualité masculine prend appui sur ce que l’on vient d’évoquer, peux-tu à présent m’expliquer en quoi l’homosexualité féminine te rebute ? Est-ce parce que ces folles de femmes ne seront jamais à la hauteur d’un homme et que c’est peine perdue d’essayer ? Ou bien peut-être parce que nous n’avons pas besoin de ta verge pour nous contenter, contrairement à ce que tu te complais à croire (et ce quel que soit notre penchant, pour info) ? Dis-moi surtout pourquoi les pornos lesbien sont ton premier choix, la nuance m’intrigue.

Il n’y a pas un seul argument contre le mariage homo qui soit recevable. 

Chacun est plus stupide que le précédent et bien que beaucoup d’excellents articles aient déjà été écrits à ce sujet, j’aimerais prendre un peu de temps pour répondre plus profondément à certaines des aberrations que j’ai pu lire dans les débats du #mariagepourtous. J’ai d’abord voulu puiser dans twitter, mais ça me forçait à visiter les pages de Samuel Lafont, de l’abbé Grosjean, de Copé, de Boutin, et de tous leurs copains, ce que mon médecin m’a formellement interdit. Alors ce sera ma petite sélection-résumé et puis voilà.

Idée reçue des antis n°1 : « Les homos se sodomisent, donc il sont déviants ».

Pas plus que les hétéros, loin s’en faut. Les pratiques sexuelles les plus cheloues, ce ne sont pas les homos qui m’en ont enseigné l’existence. Ils n’ont pas non plus le monopole de la partouze, de la sodomie ni du fist-fucking (mais là on va commencer à partir dans une analyse freudienne de ta phase anale et s’éloigner du sujet principal, alors je chut).

Idée reçue des antis n°2 : « Puisqu’ils sont déviants, ils ne sont pas en mesure d’éduquer un enfant ».

Ah bon ? Parce que vous allez me dire, tous les parents de France, que vous n’avez pratiqué que le missionnaire bien sagement en prenant bien garde d’attendre le mariage pour ne pas provoquer la colère divine avant de procréer ? Parce que ce que tu fais de ton cul dans l’intimité caractérise ta capacité ou non à être un bon parent ? Ah. 
À moins de te filmer et de montrer ton œuvre à ton enfant comme support éducatif ensuite, ce qu’il se passe dans la chambre des parents y reste. Chez tout le monde, oui. (Sauf dans le Nord, bon.)

Idée reçue des antis n°3 : « Un enfant a besoin d’un père et d’une mère pour se développer normalement. »

Bon alors là, j’en profite pour partager ce paradoxe merveilleux illustré par Klaire, qui résume parfaitement le tout : 
Tout est là.
Les antis ne semblent effectivement pas concevoir que l’enfant n‘aura de gêne de sa situation familiale qu’au travers de la haine et du mépris engendrés par notre belle société ; en d’autres termes : sans vous, il ira très bien. Et au passage, on peut avoir un père et une mère et grandir dégénéré avec plein d’autres problèmes beaucoup plus graves. Mais là, c’est encore autre chose, c’est un débat sur le genre qui se profile et qui va encore donner lieu à de magnifiques conneries. « Je ne suis pas sexiste mais » is the new « je ne suis pas homophobe mais ».

Idée reçue des antis n°4 : « Ils ont déjà le PACS, qu’ils nous laissent le mariage.»

Et celle-là, j’ai eu tout le loisir de me l’entendre dire en direct-live. Le courroux.
Alors, oui, c’est vrai, le PACS existe. Pour les couples homosexuels et hétérosexuels. Soit dit en passant je connais plus de couples hétéros pacsés que de couples homos, comme quoi finalement ce n’est peut-être pas la meilleure alternative. Si ? Alors ok, dans ce cas, supprimons carrément l’union civile et remplaçons la par le PACS pour tous ! Bravo !

Idée reçue des antis n°5 : « Ça va ouvrir les portes de la pédophilie et de l’inceste ! »

Je l’aime beaucoup celle-là. Je vous épargne la nécro-zoophilie et les diverses versions de la sornette, restons en à ces deux pratiques sympathiques.

Donc en fait, non. Enfin sauf si les amendements n° 4661 et 4668 extraordinairement imbéciles proposés par ce cher Mr Bompard sont adoptés. Auquel cas, il ne faudra pas venir pleurnicher que c’est de la faute de la gauche et des pédés, ce monsieur n’est ni l’un ni l’autre, bien au contraire.

Idée reçue des antis n°6 : « L’amour n’a rien à voir là-dedans, c’est le modèle familial qui prime.» 

Pardon, mais si. En France comme dans beaucoup de pays, le mariage blanc est interdit. Or, qu’est-ce qu’un mariage blanc ? Bravo : c’est un mariage arrangé et dénué d’amour. Gommette smiley sur ta copie. 
Quelques mots de Marcel Rufo, pédopsychiatre :
« Il est curieux d’accepter l’adoption monoparentale et de s’opposer à l’adoption homoparentale sous prétexte que les enfants ne trouveraient pas chez les couples homosexuels les différences sexuées nécessaires à leur travail d’identification. »
 
L’adoption n’est déjà pas une démarche aisée pour les hétéros (seuls ou en couple). Vous imaginez-vous VRAIMENT qu’à la seconde où la loi sera votée, une espèce de trafic d’enfants prendra place dans notre chère patrie ? Que l’on placera plein de gamins chez plein de n’importe qui ? Allons. Non seulement les couples homos auront autant de mal à adopter qu’un couple hétéro (youpi), mais en plus, puisqu’il ne suffit pas qu’une loi les y autorise pour que tout se passe bien, ils feront encore régulièrement face à cette discrimination dans leurs démarches… Eh oui, ce n’est pas parce que le racisme est interdit que les discriminations raciales n’existent plus, hein, et le droit au mariage et à l’adoption pour tous ne feront évidemment pas changer tout le monde d’avis en un claquement de doigts. En revanche, il contribuera à l’évolution des mentalités, à l’ouverture d’esprit collective, et à un progrès sociétal.
En définitive, comme l’expliquait une jeune fille très sensée (dont j’ai oublié le nom) à notre grand champion Henri Guaino au Grand Journal il y a quelques semaines, les couples homosexuels et homoparentaux existent déjà en France, le mariage ne ferait que simplifier les choses. Il n’est pas question de marier tous les couples homos (et quand bien même ?), il est question d’égalité, de donner à chacun les mêmes droits, de ne pas discriminer deux personnes qui s’aiment parce qu’ils sont nés de même sexe tandis que l’on autorise à une personne seule d’adopter ou de fabriquer un enfant, tant qu’il montre patte blanche (comprendre « sexualité approuvée »).
Non, les homos ne sont pas moins bien que les hétéros. Il y a des cons partout, et comme statistiquement seulement 10% de la population française est homosexuelle, ça nous met quand même beaucoup plus de cons du côté des hétéros. Je dis ça …


À voir ou à lire :
* « L’homophobie, c’est ça«  – Poupée Barbu