Ce soir, je reste chez moi.

Comme tous les ans à la même date, ce soir, je reste chez moi. 

Ça n’a rien de triste ni de déprimant ; ne prends pas ton air condescendant, efface immédiatement ta moue et cesse tes « ooooh… », ne cherche pas à tout prix à me trouver un plan de dernière minute pour ne pas me laisser seule : je vais bien !
Seulement tu vois, en plus d’être éreintée par ce mois de décembre bien rempli (non pas par la quête du super-cadeau de noël pour chacun mais parce que c’est l’un des mois les plus remplis de l’année en matière de contrats – souviens-toi, je suis dans le spectacle, tout ça), il se trouve que j’ai une aversion bien particulière pour les célébrations de passage à la nouvelle année.

 

Ça n’a pas toujours été le cas. 

Une fois passé l’âge d’accompagner mes parents lors des dîners entre amis, enfermée dans une chambre avec un dessin animé (ou plutôt, la télécommande planquée pour choper discrètement une diffusion d’un reportage sur le Crazy Horse tout en faisant mine de m’intéresser aux aventures de cette gourde de Pocahontas lors des intrusions répétées de ma mère venue vérifier que tout allait bien) vient celui des premières soirées pyjama-31. Quelques copines, une grosse pizza et des sodas, jusque-là tout se passe plutôt bien. On vit avec entrain le décompte qu’on imagine salvateur, on pense fort aux résolutions, on envoie un fax avec un dessin débile à sa meilleure amie qui réveillonne dans sa famille à Chicago (véridique) et on remarque à peine que ses parents sont rentrés à quatre pattes et de mauvaise humeur. 
Puis on a l’âge d’aller en boîte. Enfin, pas légalement, mais les parents sont assez sympas et les patrons des clubs très laxistes. On a envie d’y aller parce qu’on nous vend le 31 comme « LA SOIRÉE DE L’ANNÉE », et que quand même il ne faudrait pas rater ça, paye ta honte au lycée queua. Alors on racket ses parents (on a oublié de vous préciser que ce serait également la soirée la plus chère de l’année, oups !), on trouve une équipe de potes, on se pomponne et c’est parti.  Et c’est LÀ que l’on commence vraiment à saisir toute la dimension de l’horreur de la nuit du réveillon : dehors. La cohue, la surexcitation, les mecs venus foutre la merde juste pour le plaisir, les taxis introuvables, les gens bourrés ingérables, sans parler de certains quartiers qui sont littéralement envahis de populasse (je ne comprendrai jamais ceux qui réveillonnent sur les Champs-Elysées – qui sont-ils, quels sont leurs réseaux ?) – juste : ARGH.
C’est souvent à ce niveau de mon argumentation que l’on me sort systématiquement le même argument stupide : « mais t’es pas obligée de sortir, tu peux faire un petit dîner sympa avec quelques amis, histoire de, à la cool, gnignigni, blablabla ». 

Sans blague ? Eh bien précisément, non. 

Parce que même « à la cool », il restera toujours ce voile invisible de la raison qui nous réunit autour de ce « petit dîner » : ce soir, il faut faire la fête. Il y aura toujours une coupe de champagne ou une tranche de foie gras (je n’aime ni l’un ni l’autre, ça doit jouer), un décompte plus ou moins en chœur et une bise fraternelle de meilleurs vœux pour la nouvelle année.
Je ne fais pas la fête très souvent, je choisis bien mes sorties et je reste intimement convaincue que les meilleures soirées sont celles que l’on n’attend pas, contrairement à la fête la plus clichée et la plus mainstream de la société qui aura lieu ce soir. Finalement, il est plus éprouvant pour moi de faire semblant d’être exaltée un soir où je n’ai pas spécialement envie de sauter partout, que de rester seule chez moi avec mon chat et mes séries, comme un autre lundi soir.
Pour autant je ne cherche à jouer les rabat-joie – chacun reste libre de se mettre dans l’état qu’il souhaite entouré de qui bon lui semble, mais par pitié, arrêtez d’essayer de me convaincre de vous accompagner.  Ma solitude ne gêne que vous. Bisous. 
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