« Air Bonnie Li », un trip-hop envoûtant et engagé.

Extrait du clip de

Bonnie Li est une chanteuse-performeuse de Trip-Hop-Électro. Depuis ses débuts, elle opérait seule en one-woman-band, munie d’un sampleur, de micros, de quelques instruments loufoques, d’une loopstation et de sa voix captivante. Mais en 2013 le projet a évolué, et elle partage désormais la scène – et la création – avec Elia M., son live «Machine-Man» de talent.

Nous nous sommes rencontrées au détour d’une convention de tatouages en 2011, et c’est en discutant avec elle que j’ai découvert son travail. Je me suis ruée sur son premier EP (« Short Stories vol.1 », 2010), et j’ai eu la chance de découvrir le second en avant-première avant sa diffusion officielle (« Short Stories vol.2 », 2011), ce qui m’a naturellement poussée à lever mes fesses de mon fidèle canapé pour aller voir la version live.
Spoiler alert : j’ai pris une claque.

Sa musique, ses valeurs et son engagement en font une artiste complète à l’univers unique, qui mérite d’être diffusée. Rencontre avec Bonnie au jardin du Luxembourg à l’occasion de la sortie de son dernier EP « Plane Crash », pour parler de tout ça sous le soleil :

Hey Bonnie, long time no see – tu peux nous faire un récap’ de ton background ?
Hey ! Je suis née en France mais j’ai passé mon enfance à Hong Kong jusqu’à mes 16 ans. Puis j’ai passé quelques années à San Francisco, ville pilier d’un mouvement qui fera partie intégrante de mon mode de vie par la suite mais où j’étais très malheureuse à l’époque (j’avais assez mal vécu le choc des cultures, et je me sentais isolée et loin de tout dans la Silicon Valley !) J’ai ensuite débuté des études d’Anthropologie et de Musicologie des pays de l’Asie du Sud-Est au Canada (Montréal) avant de me balader du côté de Berlin et de décider de m’installer en France.

Comment tu te définis ?
Queer, out et fière !

Comment as-tu commencé la musique ?
En fait je ne sais pas … depuis gamine j’écrivais dans un journal, mais quand je me relisais, je trouvais ça chiant et inintéressant – donc je me suis dit qu’à la place je devrais peut-être écrire des chansons. J’ai développé ça au Québec, pendant mes études. Tout ça s’est orchestré autour de mes rencontres, lorsque je vivais dans une sorte de loft/squat entourée de musiciens, performers artistes, plasticiens, ….dealers ! (rires) J’ai trouvé ça très riche et mes styles musicaux ont évolué là-bas aussi. J’ai grandi avec MTV à Hong Kong, ce qui ne me satisfaisait pas vraiment, mais je me rendais souvent en Chine et à ces occasions j’ai découvert l’Opéra classique Chinois, que j’ai beaucoup écouté. J’adorais, c’est à la fois tellement kitch et génial, et puis toute cette culture du travestisme m’a beaucoup plu aussi. 
Puis je suis venue a la folk, au jazz … Nina Simone, Billie Holiday … avec leur destins tragiques ! Ce sont aussi elles qui m’ont amenée au féminisme.
Au Québec je me suis orientée sur le rock psyché alternatif, style The Velvet Underground, donc assez différent de ce dans quoi je baignais avant. Toutes ces influences se sont mélangées dans ma tête et se sont collées à mes textes.

J’ai l’impression que ton dernier EP est plus dark et qu’il prend une dimension plus engagée (notamment avec ‘Mallory’ ou tu abordes implicitement le sujet d’une relation lesbienne) …
Effectivement oui, l’ambiance est beaucoup plus lourde dans les tracks. La musique c’est un peu comme une thérapie pour moi, j’ai tourné la page sur une période très douloureuse de ma vie personnelle qu’il fallait que je vomisse avec cet EP, d’une belle façon j’espère. :) Dans le morceau ‘Mallory’ je parle de la rencontre avec cette fille paumée mais talentueuse, et de mon envie de la sortir de cet état et du milieu salace dans lequel elle évoluait. La chanson parle d’amour en effet mais pas forcément d’une relation amoureuse. En fait j’ai shooté et dirigé le clip de cette façon pour laisser le spectateur se faire sa propre idée, car au final s’il interprète le track comme une ‘relation lesbienne explicite’ et que des personnes s’y identifient, ça me va aussi !

Bonnie Li + Elia M. = AIR BONNIE LI

Depuis que tu bosses avec Elia, je trouve que ta musique et surtout tes performances scéniques ont pris une ampleur de dingue. Est-ce que ça a été bizarre ou difficile pour toi de passer d’un projet féminin solo un duo avec un homme ?
Non, j’étais prête pour ça. J’ai mis du temps à « m’accoupler » avec quelqu’un parce que je suis assez control freak et que déléguer du travail si personnel s’était avéré très compliqué par le passé. C’est très enrichissant de tourner en solo, mais j’y ai aussi vu mes limites. Je me suis demandé ce que je faisais vraiment : performance, ou musique ? Au début le projet était DIY et expérimental, j’ai commencé en me lançant sur scène comme sur un ring ! Je voulais me battre, tout donner, tu vois ? C’était décousu mais à la fois joyeux et festif. Je me baladais entre les gimmicks que le public me donnait ou qui me venaient des gens que je rencontrais, c’est aussi ce qui a donné cette construction chaotique. Je m’éparpillais sur scène, je perdais le contact avec le public parce que je devais tout gérer en même temps ; c’était très bien au début parce que ça a un coté punk (que j’assume totalement), mais je me suis dit … si tu veux t’exprimer comme chanteuse, musicienne, performeuse, et femme, il te faut un background solide sur scène.
Depuis … j’ai mûri, j’ai vieilli, je peux officiellement le dire j’ai 30 ans, je suis vieille ! Je sais maintenant ce que je veux faire et où je vais. La rencontre avec Elia s’est faite naturellement, par des ami-e-s. Il vient du milieu des Free Parties et du Hardcore mais il a aussi un gros bagage Rock et Noise ! Dès qu’on nous a présentés, on a super bien accroché humainement, et ça s’est fait facilement. Il a un coté très cool donc ça ne l’emmerde pas de me laisser faire mes trucs. Il s’occupe donc de l’instru en live, et moi j’ai plus qu’a gérer les voix et un peu de sampler.
La dimension live est importante parce qu’on n’est pas synchronisés ; je dois donc être concentrée et à son écoute pour que toutes les machines soient calées. Sa place est primordiale et en même temps je reste front woman, c’est un bel équilibre !

Donc ça n’a rien changé par rapport à ta première idée du projet ?
En fait je ne me rendais pas compte d’à quel point je pouvais pousser le projet. Avant je n’allais pas au bout de mes gestes et de mes pensées, j’étais frustrée, mais maintenant tout est possible ! Ça m’a apporté encore plus de confiance sur scène. Le contrecoup c’est que parfois je m’oublie en lui faisant trop confiance ! Avant je checkais tous mes trucs et maintenant il arrive que je me laisse un peu aller…oups !

J’imagine que vous partagez les mêmes valeurs ?
Oui c’est aussi pour ça que ça marche aussi bien. On fait pas mal de concerts avec un engagement queer ou féministe derrière et il est extrêmement à l’aise avec tout ça. Et tant mieux parce que c’est très important pour moi.

Je vois que tu tournes de plus en plus, même à l’étranger (kudos) – Est-ce que tu cherches à te produire dans des events importants ou préfères-tu viser des events plus underground ?
Je suis ouverte à tout en fait. Si j’aime le concept, les gens, qu’on a la même philosophie ou que je sens simplement qu’il y a un propos intéressant, quelque chose à faire … j’irai. Je me fous de la structure ; on joue dans des squats comme pour Madame Figaro ! Sans avoir une (ou plusieurs) boites de booking, c’est de toutes manières difficile d’être programmée sur des gros festivals ; en autoprod et sans l’aide d’un tremplin, t’es juste pas bookée. C’est donc plus par manque de structure que de désir perso que ça ne se fait pas. D’ailleurs, on est à la recherche d’un label !

Tu serais capable de refuser un gig ? Pour le FN par exemple …
Ouais. Ouais. Ça, ouais ! (rires)

PLANE-CRASH EP cover © Marie Magnin

PLANE-CRASH EP cover
© Marie Magnin

C’est quoi la suite pour AIR BONNIE LI ?
Quelques dates avant l’été* qu’on va essayer de capter pour avoir de l’actu vidéo live plus récente (ça nous manque un peu). On passera notamment par la Hollande au Counter Culture Festival pour la deuxième fois ! C’est un festival gratuit, eco-friendly, gay-friendly, queer, punk, ragga … tout est mélangé et l’ambiance est géniale ! On est super contents, si on peut amener de l’art pour peu ou rien … c’est important pour nous. C’est aussi pour ça que je pense déménager de Paris, peut-être rejoindre ma chérie à Berlin. J’ai commencé le projet là-bas, c’est une ville qui m’a séduite dès le début. Mais bon pour le moment Elia est bien à Paris – on est dans une relation classique et hétéronormée comme je les vomis mais que je dois accepter ! (rires) Cela dit les nouvelles technologies devraient pouvoir nous permettre de trouver un arrangement.
Bref on tourne « Plane Crash » pour cet été mais en termes de créations je suis déjà sur autre chose. Je compte sortir un truc à la rentrée, sûrement encore sur un format d’EP (le quatrième donc) qui finalement me convient bien et qui devrait avoir un peu plus de tracks que le dernier. Et puis si tout roule, l’album en 2016 !

Et les prochains thèmes que tu voudrais aborder ?
Le statut de la femme dans nos sociétés, les relations amoureuses par correspondance, et la photosensibilisation :)

Tu as envie d’ajouter quelque chose ?
L’important c’est qu’on se sente bien dans ce qu’on fait sans juger les autres en fait. Je suis encore naïve, j’ai envie de croire que les gens sont bons et que l’humain est bon ! (rires) Amen !
Définitivement queer, for ever and ever – be yourself !

* Retrouvez Bonnie Li en live :

2 mai : El Diablo, Lille (59)
15 mai : File 7, Magny le Hongre (77)
30 mai : Counter Culture Festival, Utrecht (NL)
5 juin : La Boule Noire, Paris (75)

À écouter, découvrir, partager, ce que vous voulez :

En écoute sur : BandcampiTunes Air Bonnie LiSoundCloud

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Plus d’infos : « Plane Crash », chronique sur trip-hop.net

Comment le féminisme fait souffrir les hommes.



Le texte qui suit a été traduit de l’anglais par mes soins et un peu à l’arrache, excusez les formulations lourdes. Il a été initialement écrit et publié par Micah J. Murray sur son site Redemption Pictures

Hier sur Facebook, quelqu’un m’a dit que le féminisme surélevait les femmes au détriment de l’homme, que son objectif de validation des femmes nous émasculait, nous les hommes. Il avait raison. Pour les hommes, la montée du féminisme nous a relégués au statut secondaire. Les inégalités et les discriminations font désormais partie de notre quotidien.

À cause du féminisme, les hommes ne peuvent plus déambuler dans la rue sans craindre d’être apostrophés, harcelés ou même agressés sexuellement par des femmes. S’il est agressé, l’homme est blâmé – sa tenue prouve « qu’il l’a cherché ».À cause du féminisme, il n’y a plus de grandes conférences Chrétiennes qui dictent comment être un homme, où des milliers d’hommes peuvent célébrer leur virilité et leur foi en Jésus (et éventuellement faire quelques blagues sur les stéréotypes féminins).À cause du féminisme, les femmes sont sur les scènes et sous les projecteurs des églises. Les hommes sont encouragés à se rendre utiles dans les nurseries ou les cuisines. Parfois même, on demande aux hommes de garder le silence à l’église.

À cause du féminisme, les femmes gagnent plus que les hommes pour le même poste.

À cause du féminisme, il est désormais difficile de trouver un film avec un héros charismatique  masculin. La plupart des blockbusters montre une femme courageuse qui sauve le monde et conquiert un homme comme un trophée pour ses accomplissements.

À cause du féminisme, les sportives professionnelles profitent massivement d’une industrie qui idolâtre les femmes. Les hommes n’apparaissent que brièvement, avant les pubs, dans lesquelles on instrumentalise leurs corps.

À cause du féminisme, tous les frais de contraception des femmes sont pris en charge sans question ni débat, tandis que les hommes doivent se battre pour convaincre leurs assurances de leur rembourser leur Viagra. Lorsque les hommes osent en parler, les leaders d’opinion sur les sujets de la famille les traitent de « salope » ou de « pute ».

À cause du féminisme, le corps masculin est constamment examiné et jugé. Si un homme apparaît torse nu à la télé, un scandale national éclatera avec pour conséquences de lourds frais et des boycotts. Les bloggeurs ne cessent de nous dire comment nos tenues vestimentaires peuvent mener les femmes au pêché. Les satiristes insistent sur le fait que les shorts ne sont pas « des vrais pantalons », et que les hommes devraient se couvrir parce que « personne ne veut voir ça ».

À cause du féminisme, les hommes ne sont pas représentés à la Maison Blanche, et les femmes occupent 80% de sièges au Congrès. Lorsqu’un homme se présente à un entretien, son apparence physique et sa tenue sont presque autant discutés que ses idées et ses qualités.

À cause du féminisme, les hommes doivent se battre pour être entendus dans la sphère publique. Sur les questions de théologie, de politique, de science et de philosophie, la perspective féminine est souvent appliquée par défaut, normalisée et jamais remise en cause. Les perspectives masculines sont rejetées parce qu’elles sont jugées trop subjectives ou trop sentimentales. Quand nous prenons la parole, nous sommes souvent exclus pour avoir été hystériques, rebelles, subversifs ou dangereux.

Mais restez fort les gars.

Un jour nous serons tous égaux.

Quoi que vous fassiez, ne lisez pas Jesus Feminist.C’est truffé d’idées qui continueront d’oppresser et de heurter les hommes – des idées comme « les femmes sont aussi des personnes » et « la dignité et les droits des femmes sont aussi importants que ceux des hommes ».

Dimanche pileux, dimanche heureux !

Ce matin, le soleil a brillé. Chat est venu ronronner contre mon visage pour me réveiller et j’ai lancé Twitter (mon addiction va bien, merci). Et comme souvent, je suis tombée sur un truc qui m’a fait regretter une connexion si matinale. Au menu du jour : un billet traitant de la  pilosité pubienne féminine. Allons bon. Je ne dis pas que ce sujet ne peut pas être traité intelligemment, je dis que là, c’est du gros caca en barres servi par caisses de mille.
Mais ça faisait un moment que j’avais envie de poser ma réflexion à ce sujet sur papier (enfin écran), et je remercie donc ce bloggeur présomptueux de m’en donner l’occasion. Un ramassis de conneries aussi massif ne peut pas rester dans l’ombre, non non, je vous en fais profiter, le partage c’est important !
On y va ?

Tiens et si pour réveiller un peu ce blog, j’écrivais un article à propos de la chatte des filles ? Ne fais pas semblant de dire non non non d’un air faussement puritain. Il ne sert à rien de le nier, les gonzesses ont un sexe et ça les travaille tout autant que toi et ta petite zigounette.

Euh, alors déjà, non. Je n’ai jamais comparé la taille de mes lèvres avec celles d’une copine (pas depuis ma puberté du moins, quand je me demandais si c’était normal et si j’étais la seule à développer des extensions de chair), le clitoris n’est pas vecteur de puissance ni d’invalidité, personne ne dessine de vulve sur les murs (mais on y travaille) et aucune femme n’a jamais menacé qui que ce soit avec son organe génital.
Je note par ailleurs que dans ce texte, l’homme s’adresse à l’homme ; ça promet. Poursuivons.

Si on ne choisit pas sa famille, on ne choisit pas non plus son genre. Et le fait de naître avec ou sans queue influe sur toute la suite de ton parcours. Bon, les féministes au fond, vous vous calmez, j’explique et après on discute. Tous les métiers doivent être accessibles à tous et tous les rôles à chacun. En aucune manière le genre ne doit prédisposer à quoi que ce soit. Ça va comme ça ?

C’est un raisonnement un peu binaire mais merci de ta condescendance, on apprécie. <3

Il me semble que nous sommes enfin à une période où les choses, dans la société, changent. Et là où elles ne changent pas encore, la pression s’exerce pour les faire se bouger. Ce n’est pas encore une généralisation mais on assiste bien à une montée en puissance des femmes en tant que décideuses. Il était temps que soit reconnu que, bien que dépourvue de pénis, la femme est capable d’un tas de choses.

Ce dessin vous est offert avec grâce, douceur et féminité.

Trop aimable. Par contre pour « la montée en puissance des femmes en tant que décideuses », on repassera. Oui, on trouve désormais des femmes dans des domaines d’activités longtemps réservés aux hommes, mais je rappelle quand même qu’en France, les femmes n’ont le droit de voter que depuis 50 ans, que les hommes gagnent en moyenne 31% de plus que les femmes (tous temps de travail confondus) et que les femmes restent minoritaires en politique, tandis que les hommes sont plus que majoritaires du côté des dirigeants d’entreprises. AH LA LA C’EST UNE SPECTACULAIRE MONTÉE EN PUISSANCE MONSIEUR MONFORT !
On devrait apprendre à se contenter de ce qu’on a, c’est vrai, la pression autour de ce sujet est omniprésente, la bien-pensance nous envahit, poil au kiki.

J’ai posé le contexte,

Et avec brio.

voici maintenant le cœur du sujet :

Brace yourselves !

pourquoi les filles d’aujourd’hui s’épilent la chatte ?
On a hâte de le savoir après une introduction aussi réussie.
Quand le phénomène a commencé à se généraliser, j’ai été sincèrement déçu de lire ici ou là, sous le clavier de quelques copines très engagées dans un combat de libération de la pauvre femme étouffée par des siècles d’infamie masculine, des arguments d’une bêtise crasse. Celle-ci par exemple qui m’expliquait que l’homme, une fois de plus imposait au corps de sa victime un nouvel outrage.
 Mais comment croire que les post adolescentes de 2013, éduquées et élevées dans ce bain sociétal de la montée des femmes au pouvoir, puissent ainsi se laisser manipuler ? Peut-être ces féministes pensent-elles que la stupidité de l’oie blanche est un caractère inné de la féminité ? Ces groupuscules poursuivent donc l’idée que la femme est forcément manipulable et manipulée par la gente masculine. Eternelle victime, être vulvée serait ainsi accompagné d’une formidable capacité à subir et accepter le diktat masculin, pour des siècles et des siècles, amen.
Non, ce n’est pas tant l’homme que la société qui est visée en fait. La pilosité s’intègre dans les constructions sociales, Mr Poireau (le nom est bien senti, tiens). Les « post adolescentes 2013 » ont beau grandir dans un monde où quelques femmes siègent à l’Assemblée, il n’en reste pas moins qu’elles sont conditionnées dès le plus jeune âge, entre autres, à la traque de leur pilosité disgracieuse. On nous apprend à internaliser ce dégoût, qui n’en résulte ni plus ni moins à une modification corporelle. Ce n’est pas être stupide que de ne pas le voir, il se trouve que ça ne saute pas aux yeux. Le féminisme ne prône pas l’intelligence innée des femmes qui deviendraient des êtres supérieurs capables dès la naissance de comprendre TOUTES les constructions sociales qui les concernent. Le féminisme défend le libre arbitre et la non manipulation des corps et des esprits (et évidemment bien d’autres choses mais ce n’est pas le sujet ; si vous voulez une liste, faites une recherche.) Le corps lisse et imberbe de la femme a été démocratisé comme une norme, et l’on considère comme anormale une femme qui n’épile pas ses aisselles, ses jambes ou son pubis. Chez l’homme, on observera le phénomène inverse : sa pilosité sera valorisée, tandis que son absence de poils caractérisera aux yeux des autres un défaut de maturité ou de virilité.
Donc non, il n’est pas tellement question de « diktat masculin » – ne vous donnez pas tant d’importance Maître Zgeg, et séchez donc vos larmes – mais de diktat d’une société portée par des hommes. Ce qui suppose qu’au lieu de voir plein d’hommes imposer individuellement l’épilation, on subit l’omniprésence d’un principe général intégré et massivement relayé.
Tout au contraire, cette irruption de l’épilation intégrale est, à mes yeux, le signe dans le réel de la valorisation du rôle des femmes. L’apparition dans nos lits (je vous le souhaite) du résultat de toute une éducation consacrée non plus à la reproduction, mais à une sexualité comme partie prenante du bien-être individuel. Ainsi, effacer toute pilosité, est selon moi, au même titre que l’homme et son pénis parfaitement visible, vouloir afficher à la face du monde son sexe et son genre.
La moule imberbe est une revendication de genre, la fin d’un tabou du sexe caché. L’épilation intégrale devient l’affirmation du sexe physiquement féminin. Voici ma vulve, j’en suis fière, je la montre. Je ne la cache plus derrière un buisson pileux, j’en expose les détails, j’en dévoile la nature. L’épilation est une affirmation : j’ai une chatte et j’en suis fière. Tu veux la voir ?

Ah bah je veux bien, mais j’ai peur d’être déçue.

Ce dernier paragraphe est empreint d’une débilité telle que je ne sais même pas par où commencer.
Allez, la revendication de genre. La fâââââme qui se revendique en tant que fâââââme se doit donc de le faire en suivant des critères imposés par la société patriarcale et/ou les personnes qu’elles fréquenteront. Really ?
En ce qui me concerne, mon sentiment d’injustice face au diktat de l’imberbe ne date pas d’hier. Je l’ai toujours pris pour acquis : « tu es une femme donc tes poils sont disgracieux, on se moquera de toi si tu en arbores le moindre millimètre parce que c’est honteux, cache donc ce tout petit cheveu que je ne saurai voir, espèce de grosse dégueulasse.» J’extrapole volontairement quand je parle de pilosité, parce qu’on ne peut pas parler d’épilation pubienne et omettre de mentionner les autres zones quand ça nous arrange. Pas quand on essaye de raconter que ça n’a rien à voir avec la domination masculine ou le sexisme. Je suis brune, et une partie de ma famille est orientale, autant vous dire qu’on doit s’épiler souvent si on décide de se faire toute lisse. Mon choix de m’épiler ou non (oui, je varie, tantôt ours, tantôt lavabo) est en lien direct avec ce que la société m’impose et le shaming dont je pourrais être la cible. Quand je choisis de m’épiler, je le fais parce que je veux que ce soit joli, parce que j’ai appris que c’était ça, « le joli ». Parfois juste parce que je voudrais que ce soit doux si je sais qu’on on va me toucher les jambes (et plus si affinités, hinhin). Certainement pas parce que ça m’éclate de raquer quarante balles et de perdre une heure de mon temps, ni parce qu’à force j’aurais développé une passion fétichiste pour la cire brûlante et la douleur de l’arrachage.La conclusion de ces quelques lignes de réflexion de comptoir revient à dire que l’épilation intégrale, c’est la féminité assumée, brandie comme étendard de notre force, sans un seul poil au radar. Quelle surprise. Quelle subversion. Quelle grosse connerie. Merci de perpétuer le mythe de la liberté totale et de choix arbitraire au sujet de l’épilation. Merci de nous dire d’être fières de nos vulves et de bien les montrer (à qui, tiens ?). Merci enfin de garder vos fantasmes dans vos têtes.
C’est pas tous les jours que j’invoque la nature, mais là-dessus elle marque un point sur lequel je vous inviterai à réfléchir : si la puberté fait apparaître les poils des femmes en même temps que leurs seins et leurs hanches, en quoi peut-on établir que les uns sont incontestablement des atouts féminins et les autres une entrave ingrate à la féminité ?

Vous avez quatre heures.


Appel citoyen contre l’incitation au viol sur Internet

Depuis ce matin, ce manifeste circule parmi les blogs et les réseaux sociaux. Je n’en suis pas l’auteure, seulement le relais, et je vous remercie d’avance de le faire lire à votre tour.
Nous, militantes féministes et citoyennes, avons récemment dénoncé un site de coaching en « séduction » appelé Seduction By Kamal (1) comme incitant au viol.
Seduction By Kamal est un site d’apprentissage des techniques de « pick up artist », à savoir « artiste de la drague ». Il s’agit de techniques de « drague » et de conseils en matière de sexualité. Le site est gérée par la société SBK Coaching, et génère du profit grâce à la vente de livres numériques (« e-books »).
L’indignation s’est focalisée sur un article violent en accès libre et gratuit. Intitulé « Comment Bien Baiser : les 3 Secrets du Hard SEXE » (2), il nous apparait en réalité comme une incitation au viol, particulièrement toxique en raison de l’aspect éducatif du site.
Nous estimons que les propos sont explicites : pour bien « baiser », l’important est de ne pas tenir compte du consentement de sa « partenaire ». Une capture d’écran est conservée ici. Les extraits les plus choquants sont cités ci-dessous, dans la lettre au Procureur, ainsi que chez la blogueuse Diké (3).
Cet article a été écrit par Jean-Baptiste Marsille, rédacteur web, auto-entrepreneur et écrivain (4). Le directeur de publication du site se fait appeler Kamal (5).
Il ne s’agit pas d’un petit blog isolé. D’après son créateur, ce site reçoit 20 000 visiteurs par jours, le chiffre d’affaire de la société « SBK Coaching» est de l’ordre de 10 000 euros par mois (6). Sa page Facebook est suivie (« likée ») par près de 17 000 personnes. Nous notons aussi que les frais de fonctionnement du site semblent peu élevés, compte-tenu des avantages fiscaux de la Pologne par rapport à la France (7), et du caractère dématérialisé des publications électroniques vendues.
Malgré de multiples sollicitations depuis octobre 2012, Kamal n’a jamais réagi. L’article était toujours en ligne à l’heure où nous écrivons cette lettre.
Depuis 2012, cet article a également été signalé en vain au Ministère de l’Intérieur (www.internet-signalement.gouv.fr). Pourquoi la loi n’est-elle pas appliquée ? Est-ce un problème managérial (manque de moyens pour traiter tous les signalements) ou un problème culturel (mauvaise formation et sensibilisation des agents du Ministère à la misogynie en ligne et à la culture du viol) ?
Nous joignons donc à cette tribune une plainte au Procureur de la République concernant le délit d’incitation au viol en ligne sur la page signalée.
Appel aux autorités et aux acteurs du web : stopper la misogynie en ligne
Ceci dit, notre objectif n’est pas de nous focaliser sur ce seul type de site Internet à la marge, mais sur l’ensemble de la misogynie globalement répandue sur l’espace Internet, et trop tolérée.
De nombreux agresseurs et leurs complices se sentent autorisés, en toute impunité, à exhiber sur Internet leurs infractions misogynes (viol, agression, non-assistance à personne en danger, recel de médias à caractère pédo-criminel…). Leurs victimes sont réduites au silence ou humiliées à l’échelle planétaire, subissant la reproduction perpétuelle de leurs agressions sur les réseaux sociaux.
Comment les Internautes peuvent-ils encourager un tel laxisme envers des criminels, et une telle sévérité envers les victimes ? Certainement à cause d’un amalgame toxique entre sexualité et violence érotisée (culture du viol) combinée à une mauvaise appréciation du sexisme sur Internet, perçu à tort comme “virtuel”.
Or le sexisme en ligne n’a rien de virtuel : le harcèlement subi par des personnalités connues comme par des adolescentes anonymes (ou qui auraient voulu le rester), le racolage des mineures par les pédo-criminels ou les proxénètes, l’omniprésence des images de femmes hypersexualisées et objectivées, dans les contenus personnels, journalistiques, culturels et commerciaux – clichés parfois pris à l’insu du sujet, l’humour sexiste qui alimente la tolérance envers le sexisme, les discours vindicatifs, stéréotypés et dégradants à l’égard des femmes, tout ceci est bien réel.
Ailleurs, sur le web anglophone notamment, des voix se sont élevées pour exposer l’ampleur de la misogynie sur Internet, et exiger des actions concrètes pour y mettre fin. Ainsi la campagne #FBRape a permis un début de dialogue avec Facebook, dans le but d’améliorer les systèmes d’identification et de modération des discours de haine misogyne (8).
Côté français, l’incitation à haine, à la discrimination ou à la violence est interdite par la Loi sur la liberté de la presse, article 24 (9). Nous exigeons que l’alinéa 7 soit appliqué, à savoir que l’incitation à la violence en raison du sexe, de l’orientation sexuelle ou du handicap soit réellement pénalisée.
Nous demandons également une modification de l’alinéa 6 de cette même loi (concernant l’incitation à la discrimination et à la haine) pour qu’il soit étendu au sexisme. Actuellement seules sont concernées les discriminations et la haine motivées par des raisons ethniques, raciales ou religieuses.
Enfin, nous appelons les pouvoirs publics à mettre en place une plateforme dédiée au signalement de sites misogynes, à la sensibilisation des acteurs du web sur le sujet, et à l’accompagnement des victimes de discrimination, de haine ou de violences misogynes sur Internet.
Nous appelons également les entreprises du web ou présentes sur Internet à mettre en place des pratiques éthiques pour lutter contre le sexisme sur Internet, en coopération avec la société civile.
Collectif féministe et citoyen
Plainte au Procureur
Paris, le 05/09/2013
Lettre R.A.R.
Monsieur le Procureur de la République,
Nous, citoyennes, tenons par la présente à vous signaler les faits délictueux visés par l’article 24 de la Loi sur la Liberté de la Presse qui punit de « cinq ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende ceux qui (…) auront directement provoqué, dans le cas où cette provocation n’aurait pas été suivie d’effet, à commettre l’une des infractions suivantes : les atteintes volontaires à la vie, les atteintes volontaires à l’intégrité de la personne et les agressions sexuelles définies par le livre II du code pénal ».
Sur le site Seduction By Kamal, cette page (URL : http://www.seductionbykamal.com/comment-bien-baiser – captures d’écran ci-joint) intitulée « Comment Bien Baiser : les 3 Secrets du Hard SEXE » constitue une apologie du viol et une incitation à la violence contre les femmes. Quelques extraits explicites :
  • « Montrez-lui qu’elle n’a pas vraiment le choix »
  • « Attaquez sa poitrine »
  • « créer rapidement une image du mec qui sait ce qu’il veut et qui l’obtient quand il veut ».
  • « vous décidez […] tout est entre vos mains (ou vos cuisses devrais-je dire) »
  • « perdre tout contrôle de la situation est un « turn on » majeur pour les femmes ».
  • « appliquez-vous à aller en profondeur et à ne stopper la cadence que quand VOUS le décidez ! Elle se plaint ? Pas pour longtemps ! C’est un phénomène naturel de rejet de l’autorité, mais une fois cette barrière franchie, elle s’abandonnera à vous et vous demandera de la défoncer […] c’est ça en fait la véritable notion du fameux « BIEN BAISER ».
  • « Imposez votre puissance ».
  • « Donnez des ordres et soyez inflexible. Ne lui demandez pas gentiment si, éventuellement, vous pourriez avoir une fellation et éjaculer dans sa bouche… La décision est prise, retirez-vous et faites la descendre vers votre sexe afin d’affirmer votre posture. »
  • « Si seulement vous saviez combien de femmes rêvent de se faire démonter par un inconnu au chibre géant ».
  • « Cette méthode est relativement efficace quand on rencontre une inconnue qui nous ramène chez elle. Si elle en arrive là, c’est sans doute parce qu’au fond, ce qu’elle veut, c’est tirer un coup. »
  • « Ne lui demandez pas si vous pouvez la pénétrer comme un animal sauvage, faites-le ! »
  • « il vous suffit […] de laisser parler vos envies, sans vous restreindre. Prenez le contrôle du rapport sexuel et pensez que votre masculinité passe par des coups de boutoir infligés. »
  • « ne vous refusez rien ».

Nous avons signalé ce lien à internet.signalement.gouv.fr sans aucune conséquence concrète.
La présente faisant valoir ce que de droit.
Copie à
– Monsieur Manuel Valls, Ministre de l’Intérieur
– Madame Vallaud-Belkacem, Ministre des Droits des femmes,
– Madame Christiane Taubira, Garde des Sceaux, Ministre de la Justice
– Haut Conseil à l’Egalité entre les Femmes et les Hommes
– Observatoire des Inégalités
– Le Monde
– Le Figaro
– Médiapart
– Rue 89
– Libération
– Les Nouvelles News
– Slate
– Fédération Nationale Solidarité Femmes
– Signalement publié sur internet par une dizaine de blogs

le 05/09/2013

Capture d’écran de l’article signalé : http://dikecourrier.files.wordpress.com/2013/08/comment-bien-violer-une-femme-par-seduction-by-kamal-kay-et-jb-marsille1.pdf

Sources et liens cités dans l’appel :

(1)   www.seductionbykamal.com
(2)   www.seductionbykamal.com/comment-bien-baiser
(3)   http://dikecourrier.wordpress.com/2013/08/19/pick-up-artists-le-marketing-de-la-violence-misogyne
(4)   www.profils-auto-entrepreneurs.com/profil/jean-baptiste.marsille
(5)   www.seductionbykamal.com/mentions-legales/
(6)   www.agence-csv.com/seduction-by-kamal-le-seducteur/
(7)   www.lepetitjournal.com/varsovie/economie/132935-varsovie-eco
(8)   www.womenactionmedia.org/facebookaction/how-to-report-gender-based-hate-speech-to-facebook
(9)   www.legifrance.gouv.fr

"Et l’Hétéro Pride alors, c’est quand ? C’est pas juste !"

Au fil de ma TL je suis tombée cette semaine sur un billet du blog A girl called Jack. Ce billet a fait écho à une question que j’ai entendu plein de fois, et qui m’irrite beaucoup, même en tant qu’hétéro. Cette question que Gad Elmaleh a trouvé futée et suffisamment fine pour la poster sur twitter (oui bon, en 2012, mais quand même) : 
Culotté ouais. 
La réponse de Jack à toutes les personnes qui pourraient se poser sérieusement la question : 

« « Elle est où la Hétéro Pride ? Pourquoi les homos ont-ils droit à un jour spécial ? C’est pas juste ! »
Si on me donnait un euro à chaque fois qu’on me pose cette question, eh bien, j’aurais quelques euros. 

L’Hétéro Pride, c’est pouvoir marcher dans la rue en tenant la main de ta moitié sans être alpagué-e par les groupes d’ados qui traînent en bas des immeubles.
L’Hétéro Pride, c’est pouvoir entrer dans un club ou un bar sans se faire menacer, sans que les hommes ne vous dévisagent en enveloppant leurs femmes de leurs bras protecteurs. (Parce que les lesbiennes kiffent sur TOUTES les femmes, vous savez ? Surtout celles qui flanquées de grands copains en manque de confiance. Challenge, hein.)
L’Hétéro Pride, c’est pouvoir cocher la case « hétéro » sur un formulaire sur l’égalité et la diversité au travail sans se demander qui pourrait le lire, et quelles seraient leurs vues à propos de votre sexualité.
L’Hétéro Pride, c’est pouvoir embrasser qui vous avez envie d’embrasser, où que vous soyez, sans y penser ni lancer un regard furtif autour de vous ensuite pour savoir qui vous a peut-être aperçu-e-s.
L’Hétéro Pride, c’est pouvoir échanger des bagues et des vœux et s’engager à vie sans avoir à se contenter d’un ‘partenariat’ de seconde zone et presque business, quand ce que vous voulez vraiment est un mariage.
L’Hétéro Pride, c’est quand votre père obtient un MBE, vous autorisant donc à vous marier aux abbayes de St Paul ou Westminster… mais que vous ne pouvez pas en profiter parce qu’ils ne vous laisseront pas épouser une femme là-dedans.
L’Hétéro Pride, c’est quand des étrangers ne vous demandent pas si vous êtes ‘hétéro’ – parce que votre vie sexuelle ne les regarde pas.
L’Hétéro Pride, c’est pouvoir dire « non » à un homme sans qu’il te réponde « je pourrais te détourner » – comme si ta sexualité était complètement malléable ; quelle gourde d’avoir pu croire que tu ne pourrais pas la changer.
L’Hétéro Pride, c’est pouvoir vivre sa vie sans la peur d’être harcelé-e, persécuté-e ou rejeté-e.
L’Hétéro Pride, c’est ne pas avoir à sortir du placard devant ses amis, sa famille, ses collègues et des étrangers perpétuellement.
L’Hétéro Pride, c’est ne pas avoir à mentir, mâchoires serrées, à propos de sa vie amoureuse pour se la simplifier.
L’Hétéro Pride, c’est ne jamais avoir à se demander si son fils sera harcelé à l’école parce que sa maman est lesbienne.
L’Hétéro Pride, c’est ne jamais avoir à la fermer quand votre collègue – femme hétéro – organise ouvertement des soirées clubbing mais ne vous y invite pas, parce qu’elle n’est pas sûre de savoir « où votre genre traîne ».
L’Hétéro Pride, c’est ne pas avoir à traverser une foule de manifestants brandissant le message « DIEU HAIT LES PÉDÉS », d’hommes et de femmes qui vous hurlent au visage, pour pouvoir assister à une conférence de Stonewall.
L’Hétéro Pride n’a jamais été désinvitée d’un mariage pour le motif d’avoir voulu s’y rendre avec son ou sa partenaire.

Personne n’a jamais été battu à mort pour un look un peu trop hétéro, ou subi un viol correctionnel pour être tombée amoureux-se du genre opposé. J’ai été agressée dans un bar à Southend il y a quelques années. Mes cheveux étaient rasés. L’ironie de la situation a fait qu’on m’a prise pour un homme gay. Apparemment, pour le skin bourré qui se tenait à ma droite lorsque je suis entrée dans le bar, c’était la seule justification nécessaire au fait de me frapper et de me dire que « les putains de pédés sont pas bienvenus ici ». On m’a dit que j’étais « trop jolie pour être gay », perpétuant les mythes blessants et insultants que toutes les lesbiennes sont une sorte de groupe de rejetées qui ne sont gay que par choix, parce qu’ « aucun homme n’en voudrait ».
L’hétéro Pride est acquise, chaque jour. Elle est invisible, ne choque pas, et perpétue silencieusement les normes quotidiennes. Ce sont justement la fierté et les privilèges hétéros qui posent la question belligérante : Pourquoi les gays ont-ils leur propre marche ?

Je suis reconnaissante du fait que, après des campagnes incessantes et une modification graduelle des comportements, je grandisse dans une génération ou je PEUX tenir la main d’une femme en public, me couper les cheveux courts et sortir du placard devant des milliers de personnes aussi rapidement que je peux appuyer sur le bouton ‘publier’.

Pour reprendre la citation de Martin Luther King : j’ai un rêve, celui qu’un jour un homme ne sera pas jugé pour qui il aime, mais pour qui il est.

J’ai tenté ce truc, de sauver les apparences, j’avais des amis hommes proches pour m’accompagner en soirée parce que je ne voulais pas être plus regardée que la mariée ou «causer un scandale». Ce n’était pas censé être un post de coming out – mais je suis fatiguée d’avoir à réprimer un sourire quand un journaliste me demande si j’ai un copain. Et si je perds des fans ou des lecteurs parce que je suis sortie sans cérémonies du placard, eh bien ainsi soit-il. Ça aurait fini par sortir un jour de toutes manières. Et avec ma coupe courte, mes manches tatouées, les boots Magnum, la bague que je porte au pouce et l’absence perpétuelle de mec – je ne suis pas exactement un stéréotype, mais je suis une fille prénommée Jack. Gay et fière.

Joyeuse journée des fiertés à tou-te-s. Continuez d’apprécier votre Hétéro Pride les prochains 364 jours de l’année, mais celle-ci est pour nous.

Jack Monroe.
Twitter : @msjackmonroe »