« Les Antigones » – Mais pourquoi …?

Elles sont pas meuuuugnonnes nos ingénues ?

Elles sont pas meuuuugnonnes nos ingénues ?

Depuis hier, je vois passer plein de tweets sur un nouveau mouvement soi disant féministe : Les Antigones. Je dis « nouveau » parce que leur site a l’air d’avoir émergé sur les internets il y a deux jours tant il manque de contenu, et que leur page Facebook date de la semaine dernière (mais corrigez-moi si je me trompe et citez vos sources). Et ce site, je ne sais pas s’il te trompe, toi, mais moi pas tellement. Ma suspicion et mon intérêt pour ce « simple rassemblement de femmes loin de toute considération politique ou confessionnelle » proviennent essentiellement de ces petits détails. Un groupe qui se forme en un claquement de doigts, qui n’a pour but que la dissolution d’un autre et qui débarque avec un « scoop » d’infiltration exclusif ? Y’a un truc qui cloche. 

En premier lieu, on remarque que Les Antigones se sont formées autour d’un seul crédo : contrer les FEMEN. Curieux leitmotiv pour des défenseurs de la Fâââââmme, que de se regrouper dans l’unique but de détruire une autre organisation sensée se battre pour la même cause. Oui je sais, beaucoup d’organisations féministes se tirent la bourre, entre les abolos, les radicales, les sex-positives, et les autres (pardon, j’ai la flemme de lister, mais je vous aime tou-te-s). Mais elles ont en commun la lutte contre le patriarcat – c’est quand même le minimum à attendre d’une organisation féministe. Comment peut-on estimer que Les Antigones soient dans la même optique lorsqu’on lit des absurdités comme :

La femme a sa dignité, celle-ci ne passe pas par l’exhibitionnisme et l’hystérie. Elle passe par notre sagesse, notre calme et notre détermination à bâtir notre avenir. Filles de nos pères, épouses de nos maris, mères de nos fils, nous ne rejetons pas les hommes.

Ce que je retiens :

La femme a sa dignité, celle-ci passe par la soumission aux règles établies. Elle passe par notre silence, notre servitude et notre obstination à nous laisser faire. Filles de nos pères, épouses de nos maris, mères de nos fils, nous ne savons nous définir indépendamment de l’homme dans la société.

Du caca conservateur et réac’ quoi.

Parce que le contexte, on le connaît. 

Ça fait plusieurs mois que les actions coup-de-sein des FEMEN (dont je ne suis pas une grande fan ni une fervente défenseure par ailleurs) se multiplient, dans des lieux spécifiques et souvent fréquentés par l’extrême droite ou les catholiques (parfois) intégristes. Ou les deux, ne nous mentons pas. Et quelque chose me chiffonne un peu dans la chronologie des événements :
Il y a quelques jours, le 25 mai 2013, Les Antigones menaient leur première action contre les FEMEN (pardon : menaient leur premier fail, les CRS les attendaient sur place).
48 heures plus tard, le 27 mai 2013, arrive l’interview d’Iseul dans Valeurs Actuelles. 
Iseul, la « catholique normale » qui nous dit qu’elle a infiltré les FEMEN pendant deux mois avant de révéler son appartenance aux Antigones, qui n’existent pourtant vraisemblablement que depuis quelques jours.
Iseul, qui a arrêté son action le jour où son organisation menait la sienne et commente innocemment : « J’étais sur le point de participer à une action sur le terrain, explique-t-elle. Éthiquement, je ne voulais pas. On n’a que sa personne à offrir aux Femen. J’y ai passé près de deux mois, parce que je voulais voir. Cela suffit. »

Iseul qui, entre samedi à 15h et lundi midi, a trouvé le temps de rédiger son communiqué, de contacter la Presse et de donner une interview. À un journaliste, qui, lui, a eu le temps de la reporter.

Vous je sais pas, mais moi tout ça, ça me fait plisser les yeux. 

Même si je ne soutiens pas les FEMEN, je leur confère un courage indéniable. S’exposer seins nus dans une société qui réprimande ou interdit de le faire, c’est déjà autrement plus subversif que les actions de ces pathétiques HOMMEN (qui, rappelons-le, s’insurgent masqués et torse nu…courageux et complètement homoérotique oui, on est d’accord). Surtout lorsqu’on privilégie comme lieux d’actions la cathédrale de Notre-Dame ou des rassemblements extrémistes feat. les gentils GUD et autres Civitas pour scander ses slogans. Je ne suis pas sûre que ça serve vraiment la cause, mais c’est courageux. 

Et puis creusons un peu. Oh pas beaucoup, il n’y a pas besoin de gratter bien loin pour tiquer. 

D’abord, quels sont leurs principaux relais ? En ce qui me concerne, je les ai découvertes via l’article sur le site de Valeurs Actuelles. Tu sais, ce torchon borderline extrême-droite-catho. Où on trouve donc l’interview de la fameuse Iseul, qui nous raconte comment elle a infiltré les FEMEN pour faire tomber les masques. Où on lit donc des infos concernant les FEMEN qui sont loin d’être un scoop (notamment sur leur fonctionnement et leurs financements). Où on ne parle pas de grand chose d’autre. Où finalement, des messages qu’on voit destinés aux FEMEN prônent des valeurs patriarcales et renvoient dans les filets tous les combats féministes. 
 
La page Facebook des Antigones regorge d’ailleurs de messages et de commentaires masculin-iste-s qui applaudissent avec ferveur la sagesse de ce combat. 
 
Attention, la lecture de cette sélection peut entraîner nausées et malaises. 


Et si quelqu’un publie un message négatif à l’encontre des Antigones, là ça se donne grave dans les commentaires :

 

(Encore ? Allez, encore.)

Merveilleux. En d’autres termes : « Reste à ta place, Femme. Sois jolie, silencieuse et soumise. Insurge-toi contre celles qui veulent faire bouger les choses et si tu peux convaincre les autres de te suivre, on préfère. Et n’oublie pas mon sandwich. »

Valeurs Actuelles mis à part, leur « combat » a également été relayé sur les sites de TF1 et du Point (des médias sans parti pris bien sûr), qui reprennent des extraits du communiqué de presse et de l’interview sans rien y apporter de plus comme information, encore moins comme analyse de fond. Mouais. 

En cherchant un peu je suis tombée sur cet article, qui met en relation Les Antigones et le Bloc Identitaire. Je ne serai pas contre une source un peu plus fiable qu’un blog, mais à lire les commentateurs et à voir la provenance des adhérents de leur page Facebook, ces mouvements ont clairement une ligne directrice commune. Les Antigones disent prôner l’amour, mais fédèrent autour de la haine. Elles me font penser à Homovox, cette organisation douteuse d’homos contre l’égalité des droits. J’attends donc, non sans une certaine curiosité impatiente, que les révélations concernant leurs financement et leur dirigeant-e-s soient publiées. (Edwy Plenel viens à moi !)

Dans l’histoire de Sophocle, Antigone se pend face à l’injustice de sa situation.
Bon. 
Eh bien dites-moi juste à quelle adresse je dois envoyer une corde et une poutre. 


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