"Et l’Hétéro Pride alors, c’est quand ? C’est pas juste !"

Au fil de ma TL je suis tombée cette semaine sur un billet du blog A girl called Jack. Ce billet a fait écho à une question que j’ai entendu plein de fois, et qui m’irrite beaucoup, même en tant qu’hétéro. Cette question que Gad Elmaleh a trouvé futée et suffisamment fine pour la poster sur twitter (oui bon, en 2012, mais quand même) : 
Culotté ouais. 
La réponse de Jack à toutes les personnes qui pourraient se poser sérieusement la question : 

« « Elle est où la Hétéro Pride ? Pourquoi les homos ont-ils droit à un jour spécial ? C’est pas juste ! »
Si on me donnait un euro à chaque fois qu’on me pose cette question, eh bien, j’aurais quelques euros. 

L’Hétéro Pride, c’est pouvoir marcher dans la rue en tenant la main de ta moitié sans être alpagué-e par les groupes d’ados qui traînent en bas des immeubles.
L’Hétéro Pride, c’est pouvoir entrer dans un club ou un bar sans se faire menacer, sans que les hommes ne vous dévisagent en enveloppant leurs femmes de leurs bras protecteurs. (Parce que les lesbiennes kiffent sur TOUTES les femmes, vous savez ? Surtout celles qui flanquées de grands copains en manque de confiance. Challenge, hein.)
L’Hétéro Pride, c’est pouvoir cocher la case « hétéro » sur un formulaire sur l’égalité et la diversité au travail sans se demander qui pourrait le lire, et quelles seraient leurs vues à propos de votre sexualité.
L’Hétéro Pride, c’est pouvoir embrasser qui vous avez envie d’embrasser, où que vous soyez, sans y penser ni lancer un regard furtif autour de vous ensuite pour savoir qui vous a peut-être aperçu-e-s.
L’Hétéro Pride, c’est pouvoir échanger des bagues et des vœux et s’engager à vie sans avoir à se contenter d’un ‘partenariat’ de seconde zone et presque business, quand ce que vous voulez vraiment est un mariage.
L’Hétéro Pride, c’est quand votre père obtient un MBE, vous autorisant donc à vous marier aux abbayes de St Paul ou Westminster… mais que vous ne pouvez pas en profiter parce qu’ils ne vous laisseront pas épouser une femme là-dedans.
L’Hétéro Pride, c’est quand des étrangers ne vous demandent pas si vous êtes ‘hétéro’ – parce que votre vie sexuelle ne les regarde pas.
L’Hétéro Pride, c’est pouvoir dire « non » à un homme sans qu’il te réponde « je pourrais te détourner » – comme si ta sexualité était complètement malléable ; quelle gourde d’avoir pu croire que tu ne pourrais pas la changer.
L’Hétéro Pride, c’est pouvoir vivre sa vie sans la peur d’être harcelé-e, persécuté-e ou rejeté-e.
L’Hétéro Pride, c’est ne pas avoir à sortir du placard devant ses amis, sa famille, ses collègues et des étrangers perpétuellement.
L’Hétéro Pride, c’est ne pas avoir à mentir, mâchoires serrées, à propos de sa vie amoureuse pour se la simplifier.
L’Hétéro Pride, c’est ne jamais avoir à se demander si son fils sera harcelé à l’école parce que sa maman est lesbienne.
L’Hétéro Pride, c’est ne jamais avoir à la fermer quand votre collègue – femme hétéro – organise ouvertement des soirées clubbing mais ne vous y invite pas, parce qu’elle n’est pas sûre de savoir « où votre genre traîne ».
L’Hétéro Pride, c’est ne pas avoir à traverser une foule de manifestants brandissant le message « DIEU HAIT LES PÉDÉS », d’hommes et de femmes qui vous hurlent au visage, pour pouvoir assister à une conférence de Stonewall.
L’Hétéro Pride n’a jamais été désinvitée d’un mariage pour le motif d’avoir voulu s’y rendre avec son ou sa partenaire.

Personne n’a jamais été battu à mort pour un look un peu trop hétéro, ou subi un viol correctionnel pour être tombée amoureux-se du genre opposé. J’ai été agressée dans un bar à Southend il y a quelques années. Mes cheveux étaient rasés. L’ironie de la situation a fait qu’on m’a prise pour un homme gay. Apparemment, pour le skin bourré qui se tenait à ma droite lorsque je suis entrée dans le bar, c’était la seule justification nécessaire au fait de me frapper et de me dire que « les putains de pédés sont pas bienvenus ici ». On m’a dit que j’étais « trop jolie pour être gay », perpétuant les mythes blessants et insultants que toutes les lesbiennes sont une sorte de groupe de rejetées qui ne sont gay que par choix, parce qu’ « aucun homme n’en voudrait ».
L’hétéro Pride est acquise, chaque jour. Elle est invisible, ne choque pas, et perpétue silencieusement les normes quotidiennes. Ce sont justement la fierté et les privilèges hétéros qui posent la question belligérante : Pourquoi les gays ont-ils leur propre marche ?

Je suis reconnaissante du fait que, après des campagnes incessantes et une modification graduelle des comportements, je grandisse dans une génération ou je PEUX tenir la main d’une femme en public, me couper les cheveux courts et sortir du placard devant des milliers de personnes aussi rapidement que je peux appuyer sur le bouton ‘publier’.

Pour reprendre la citation de Martin Luther King : j’ai un rêve, celui qu’un jour un homme ne sera pas jugé pour qui il aime, mais pour qui il est.

J’ai tenté ce truc, de sauver les apparences, j’avais des amis hommes proches pour m’accompagner en soirée parce que je ne voulais pas être plus regardée que la mariée ou «causer un scandale». Ce n’était pas censé être un post de coming out – mais je suis fatiguée d’avoir à réprimer un sourire quand un journaliste me demande si j’ai un copain. Et si je perds des fans ou des lecteurs parce que je suis sortie sans cérémonies du placard, eh bien ainsi soit-il. Ça aurait fini par sortir un jour de toutes manières. Et avec ma coupe courte, mes manches tatouées, les boots Magnum, la bague que je porte au pouce et l’absence perpétuelle de mec – je ne suis pas exactement un stéréotype, mais je suis une fille prénommée Jack. Gay et fière.

Joyeuse journée des fiertés à tou-te-s. Continuez d’apprécier votre Hétéro Pride les prochains 364 jours de l’année, mais celle-ci est pour nous.

Jack Monroe.
Twitter : @msjackmonroe »

Homo-folie.

« Rendez-vous à 14h au métro Mouton-Duvernet, on finira de bomber des t-shirts ‘J’AIME TA FEMME’ ! »

J’y étais. En retard (une fois n’est pas coutume), à cause de la foule compactée dans les couloirs du métro qui m’empêchait d’y circuler et d’en sortir. Dehors, il y avait du monde, du soleil, et une bonne ambiance. Pour un rassemblement petit budget (20.000€, contre 1M€ pour les antis du 13.01), et malgré le fait que je déplore évidemment l’absence de couverture médiatique, c’était globalement plutôt très réussi.
Même si je pense que cette loi est vouée à passer, et qu’une manifestation pour l’appuyer a quelque chose d’un peu inutile en soi, c’est avant tout pour l’Égalité que j’ai marché. Égalité pour tout et pour tous ; parce que de quel droit certains humains se considèrent-ils plus importants, plus respectables, plus à même de mener une vie correcte que d’autres ?
  

« Je ne suis pas homophobe, mais… »

Ah mais si mon grand, tu l’es. Parce que tu vois, le suffixe –phobe, contrairement à ce que tu penses, ne traduit pas seulement la crainte, il renvoie étymologiquement (encore un coup des Grecs gays de gauche) au mépris, à la haine, au rejet et, par extension, à la discrimination. Quand tu aimes bien tes copains pédés parce qu’ils te font bien marrer le week-end mais que tu estimes qu’ils ne sont pas capables de vivre une relation assez saine pour élever un enfant, ça fait malheureusement de toi un homophobe. Ah oui, c’est désagréable à lire, j’entends bien, et je comprends que tu refuses d’accepter l’évidence. Et pourtant.
  
L’homophobie allant de pair avec le sexisme et se ralliant donc directement à la domination patriarcale, ce sont principalement les discours discriminatoires des femmes envers l’homosexualité masculine qui me rendent malade. 
 
Madame – Christine ? Je peux t’appeler Christine ? – te rends-tu compte qu’en qualifiant les homos de « pédale », « tarlouze » ou de « tapette » (oui, même pour rire), tu t’attaques en fait à ton propre genre ? As-tu conscience que tu blâmes un homme parce qu’il aurait quelque chose de féminin ? Que tu es en train de lui dire, ni plus ni moins, qu’il devrait avoir honte de se rabaisser à faire quelque chose de si méprisable et faible, que ce soit par la réception d’une pénétration, l’intonation de voix ou par un style vestimentaire ?  
Et toi, monsieur – Samuel ? Je peux t’appeler Samuel ? – , si l’on considère que ton aversion pour l’homosexualité masculine prend appui sur ce que l’on vient d’évoquer, peux-tu à présent m’expliquer en quoi l’homosexualité féminine te rebute ? Est-ce parce que ces folles de femmes ne seront jamais à la hauteur d’un homme et que c’est peine perdue d’essayer ? Ou bien peut-être parce que nous n’avons pas besoin de ta verge pour nous contenter, contrairement à ce que tu te complais à croire (et ce quel que soit notre penchant, pour info) ? Dis-moi surtout pourquoi les pornos lesbien sont ton premier choix, la nuance m’intrigue.

Il n’y a pas un seul argument contre le mariage homo qui soit recevable. 

Chacun est plus stupide que le précédent et bien que beaucoup d’excellents articles aient déjà été écrits à ce sujet, j’aimerais prendre un peu de temps pour répondre plus profondément à certaines des aberrations que j’ai pu lire dans les débats du #mariagepourtous. J’ai d’abord voulu puiser dans twitter, mais ça me forçait à visiter les pages de Samuel Lafont, de l’abbé Grosjean, de Copé, de Boutin, et de tous leurs copains, ce que mon médecin m’a formellement interdit. Alors ce sera ma petite sélection-résumé et puis voilà.

Idée reçue des antis n°1 : « Les homos se sodomisent, donc il sont déviants ».

Pas plus que les hétéros, loin s’en faut. Les pratiques sexuelles les plus cheloues, ce ne sont pas les homos qui m’en ont enseigné l’existence. Ils n’ont pas non plus le monopole de la partouze, de la sodomie ni du fist-fucking (mais là on va commencer à partir dans une analyse freudienne de ta phase anale et s’éloigner du sujet principal, alors je chut).

Idée reçue des antis n°2 : « Puisqu’ils sont déviants, ils ne sont pas en mesure d’éduquer un enfant ».

Ah bon ? Parce que vous allez me dire, tous les parents de France, que vous n’avez pratiqué que le missionnaire bien sagement en prenant bien garde d’attendre le mariage pour ne pas provoquer la colère divine avant de procréer ? Parce que ce que tu fais de ton cul dans l’intimité caractérise ta capacité ou non à être un bon parent ? Ah. 
À moins de te filmer et de montrer ton œuvre à ton enfant comme support éducatif ensuite, ce qu’il se passe dans la chambre des parents y reste. Chez tout le monde, oui. (Sauf dans le Nord, bon.)

Idée reçue des antis n°3 : « Un enfant a besoin d’un père et d’une mère pour se développer normalement. »

Bon alors là, j’en profite pour partager ce paradoxe merveilleux illustré par Klaire, qui résume parfaitement le tout : 
Tout est là.
Les antis ne semblent effectivement pas concevoir que l’enfant n‘aura de gêne de sa situation familiale qu’au travers de la haine et du mépris engendrés par notre belle société ; en d’autres termes : sans vous, il ira très bien. Et au passage, on peut avoir un père et une mère et grandir dégénéré avec plein d’autres problèmes beaucoup plus graves. Mais là, c’est encore autre chose, c’est un débat sur le genre qui se profile et qui va encore donner lieu à de magnifiques conneries. « Je ne suis pas sexiste mais » is the new « je ne suis pas homophobe mais ».

Idée reçue des antis n°4 : « Ils ont déjà le PACS, qu’ils nous laissent le mariage.»

Et celle-là, j’ai eu tout le loisir de me l’entendre dire en direct-live. Le courroux.
Alors, oui, c’est vrai, le PACS existe. Pour les couples homosexuels et hétérosexuels. Soit dit en passant je connais plus de couples hétéros pacsés que de couples homos, comme quoi finalement ce n’est peut-être pas la meilleure alternative. Si ? Alors ok, dans ce cas, supprimons carrément l’union civile et remplaçons la par le PACS pour tous ! Bravo !

Idée reçue des antis n°5 : « Ça va ouvrir les portes de la pédophilie et de l’inceste ! »

Je l’aime beaucoup celle-là. Je vous épargne la nécro-zoophilie et les diverses versions de la sornette, restons en à ces deux pratiques sympathiques.

Donc en fait, non. Enfin sauf si les amendements n° 4661 et 4668 extraordinairement imbéciles proposés par ce cher Mr Bompard sont adoptés. Auquel cas, il ne faudra pas venir pleurnicher que c’est de la faute de la gauche et des pédés, ce monsieur n’est ni l’un ni l’autre, bien au contraire.

Idée reçue des antis n°6 : « L’amour n’a rien à voir là-dedans, c’est le modèle familial qui prime.» 

Pardon, mais si. En France comme dans beaucoup de pays, le mariage blanc est interdit. Or, qu’est-ce qu’un mariage blanc ? Bravo : c’est un mariage arrangé et dénué d’amour. Gommette smiley sur ta copie. 
Quelques mots de Marcel Rufo, pédopsychiatre :
« Il est curieux d’accepter l’adoption monoparentale et de s’opposer à l’adoption homoparentale sous prétexte que les enfants ne trouveraient pas chez les couples homosexuels les différences sexuées nécessaires à leur travail d’identification. »
 
L’adoption n’est déjà pas une démarche aisée pour les hétéros (seuls ou en couple). Vous imaginez-vous VRAIMENT qu’à la seconde où la loi sera votée, une espèce de trafic d’enfants prendra place dans notre chère patrie ? Que l’on placera plein de gamins chez plein de n’importe qui ? Allons. Non seulement les couples homos auront autant de mal à adopter qu’un couple hétéro (youpi), mais en plus, puisqu’il ne suffit pas qu’une loi les y autorise pour que tout se passe bien, ils feront encore régulièrement face à cette discrimination dans leurs démarches… Eh oui, ce n’est pas parce que le racisme est interdit que les discriminations raciales n’existent plus, hein, et le droit au mariage et à l’adoption pour tous ne feront évidemment pas changer tout le monde d’avis en un claquement de doigts. En revanche, il contribuera à l’évolution des mentalités, à l’ouverture d’esprit collective, et à un progrès sociétal.
En définitive, comme l’expliquait une jeune fille très sensée (dont j’ai oublié le nom) à notre grand champion Henri Guaino au Grand Journal il y a quelques semaines, les couples homosexuels et homoparentaux existent déjà en France, le mariage ne ferait que simplifier les choses. Il n’est pas question de marier tous les couples homos (et quand bien même ?), il est question d’égalité, de donner à chacun les mêmes droits, de ne pas discriminer deux personnes qui s’aiment parce qu’ils sont nés de même sexe tandis que l’on autorise à une personne seule d’adopter ou de fabriquer un enfant, tant qu’il montre patte blanche (comprendre « sexualité approuvée »).
Non, les homos ne sont pas moins bien que les hétéros. Il y a des cons partout, et comme statistiquement seulement 10% de la population française est homosexuelle, ça nous met quand même beaucoup plus de cons du côté des hétéros. Je dis ça …


À voir ou à lire :
* « L’homophobie, c’est ça«  – Poupée Barbu