La culture bouillonne

Bfd3yvuIgAA5fD2Quand j’ai vu passer les premiers tracts des Journées de retrait de l’école, je me suis dit que ça n’augurait rien de bon. Je me suis demandé quel impact ça pourrait avoir, jusqu’où on pouvait pousser la désinformation. On a eu la réponse quelques semaines plus tard avec l’histoire des sms qui racontaient à des parents crédules qu’on apprendrait aux enfants à se masturber en classe. La mauvaise foi et les informations fausses sont accueillies en liesse par le comité des Manif pour tous & friends – « Chouette, encore un truc nul à faire circuler, on pensait pas qu’on trouverait plus con que nos slogans anti-mariage, mais on va pouvoir s’amuser avec le djendeur….le jendère….le jondeur….la théorie là ! »
Bien conscients qu’ils n’arriveraient à rien avec la vérité, les militants en herbe et en mocassins propagent des mensonges, notamment sur les questions du programme de l’ABCD de l’égalité dans les écoles. On voudrait donc supprimer toutes les différences entre les garçons et les filles et les forcer à être homosexuels, ou encore obliger un petit garçon à être coiffeur alors qu’il voudrait être maçon, comme l’expliquait Ludovine de la Rochère avec conviction sur le plateau du Grand Journal début février, démontrant habilement aux téléspectateurs à quel point elle n’a définitivement rien compris. Marrant comme on retrouve les mêmes méthodes de désinformation chez les partis d’extrême droite. Coïncidence oui, bien sûr, on va dire ça.

Bref, des conneries qui ont le don de me faire rire et de m’agacer à la fois, on leur accordera au moins ce mérite.
Ça me fait rire quand je les vois se ridiculiser (c’est-à-dire souvent). Là où je m’agace ou me mets carrément en colère, c’est quand j’en relève l’impact.

Je n’en ai pas encore parlé ici mais depuis la rentrée, je participe avec SOS Homophobie aux interventions en milieu scolaire. Les établissements contactent l’association s’ils sentent qu’il y a un besoin dans leur collège ou lycée, et nous nous déplaçons bénévolement en binômes (avec parfois un-e ou deux observateurs-trices en formation) pour animer un débat dans les classes. Pour information, les classes visitées vont de la 4ème à la Terminale. D’ailleurs, devinez quoi ? Les Terminales sont beaucoup plus blasé-e-s sur l’évolution des mentalités que les collégien-ne-s. Parce que chez elleux c’est déjà construit, et qu’il est plus difficile de déconstruire quelque chose qui s’est solidifié au fil des années que de proposer des alternatives pendant la mise en place de tous les stéréotypes. C’est pas moi qui le dis là, ce sont les élèves. Nous engageons avec eux des discussions, au fil desquelles nous abordons différents modes d’oppressions pour les mettre en parallèle. C’est d’ailleurs souvent lorsqu’on en arrive au sexisme que l’on voit à quel point les stéréotypes sont déjà massivement établis, et ce pour les 4ème comme pour les Terminales. Loin de forcer tous les élèves à être homosexuel-le-s ou à changer d’identité, nous les encourageons surtout à se respecter et à se comprendre : on a le droit d’être mal a l’aise devant l’homosexualité, mais ce n’est pas une raison pour devenir violent-e, méprisant-e, ou insultant-e.
Pour en revenir à l’impact que peut avoir la désinformation des adultes sur les plus jeunes, on entend parfois un slogan LMPT sortir de la bouche des élèves. Et on sait parfaitement dire quand ça ne vient pas d’eux : ils sont absolument incapables de développer leur idée au delà du slogan.

Et puis dernièrement, un ami qui a une compagnie de spectacles m’a relaté une anecdote à ce sujet qui a attiré mon attention. Nous en avons parlé et il a accepté de répondre à quelques questions pour que j’en relate les faits ici :

Le spectacle en question existe et tourne depuis mars 2009. Ils sont quatre sur scène, « enfermés » dans un espace qui est représenté par un parquet qui rapetisse jusqu’à la fin. « On est là et on a des interactions, par le jonglage, la parole, le physique. Notamment, il y a beaucoup de travail autour des mains, et sur l’action de poser une main, sur soi, sur quelqu’un. C’est un truc abstrait qui évoque beaucoup de codes sociaux (la gifle, la tape dans le dos, la caresse, la poignée de main, repousser quelqu’un, etc.). On joue beaucoup avec ça dans plusieurs séquences disséminées dans le spectacle. Au fur et à mesure que le spectacle avance, elles sont moins cool et plus violentes, plus invasives. Le fait de se toucher est plus ressenti comme une agression, une transgression de l’espace personnel (attention : c’est un toucher social, pas sexuel).»

Jusque là, pas de quoi s’alarmer. Sauf qu’au milieu de ces échanges entre les personnages se glisse un baiser. Un baiser entre deux hommes, les protagonistes étant tous de sexe (et de genre) masculin. « Le baiser est donc une action parmi d’autres, au milieu de cette chorégraphie de mains. C’est une transgression très forte de l’espace personnel de quelqu’un que de l’embrasser de façon imprévue. C’est donc pour ça qu’il est là, pour atteindre cet extrême. C’est un point d’orgue du spectacle, un moment ou on commence vraiment à manquer d’espace personnel. » Eric ajoute également que le fait d’intégrer un baiser dans les échanges n’a pas de vocation militante. D’ailleurs, l’artiste qu’il embrasse à ce moment-là le repousse violemment ; ils ne se mettent pas soudain à forniquer devant le public, s’il est besoin de le préciser.

Ce spectacle est catégorisé « tous publics ». La compagnie a donc pour habitude de se produire face à un public familial, et parfois face à des classes lors de représentations scolaires. Ils n’avaient jusqu’alors eu que de très rares soucis, généralement plutôt liés à un passage de « fausse nudité » (Éric baisse son pantalon et se retrouve nu, mais penché en avant et de face – autant dire qu’on ne voit rien si ce n’est un dos et des pieds, damned), qui avait notamment, une fois, choqué une famille très pratiquante. Sinon, de manière générale, les plus jeunes se contentent d’un « baaaaah » de dégoût au moment du bisou, et puis on passe à autre chose. Je dis bisou et pas baiser, parce qu’ils ne mettent même pas la langue, les nuls. « Globalement soyons honnêtes, ça se passe toujours bien. Les fois ou ça ou le nu passe mal, on s’en souvient car c’est une minorité. »

Seulement, lors des représentations scolaires à Orléans début février, la compagnie a fait face à un événement inhabituel : au milieu du spectacle, pendant un solo qui prend place quelques minutes après le fameux bisou, une partie du public s’est levée pour sortir (deux classes et leurs instituteurs respectifs). « À ce moment, on ne sait pas trop pourquoi il se passe ça, on pense plutôt à un truc pratique genre un bus qui doit partir (ça parait dingue mais ça nous est déjà arrivé). » Ce n’est qu’après le spectacle, en discutant avec une institutrice encore présente et avec le directeur du théâtre que l’explication est lâchée : les deux instituteurs qui ont fait sortir leurs classes font partie d’une école catholique, et c’est le bisou qui a provoqué leur décision de priver leurs élèves de la fin du spectacle. Ce faisant, ils ont non seulement perturbé le rythme du spectacle («30 mômes entre 6 et 9 ans qui se lèvent dans le noir, avec les sièges à battants, etc. ») mais fait planer des questionnements sur les gamins qui sont restés et qui se sont de fait demandés quel pouvait bien être le déclencheur de cette réaction désolante.

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Le lendemain, pendant l’échauffement, une responsable du théâtre vient chercher les artistes pour les prévenir qu’il y a sur le parvis des parents qui dissuadent des classes d’assister à la représentation du jour. Une mère convainc deux groupes avant qu’Eric ne puisse venir discuter avec elle du problème. Son enfant, qui avait donc assisté au spectacle et au départ de ses camarades, lui aurait relaté des scènes d’hommes nus qui se tapent dessus sans qu’on sache pourquoi. Pour avoir vu le spectacle, je ne saurai que trop recommander à cette dame d’emmener son enfant chez un bon ophtalmo mais admettons. Pour Eric,comme pour moi-même, bien que le gosse n’ait pas relevé le bisou problématique (comme quoi, hein), « sans la sortie des deux classes, le spectacle n’aurait pas été perçu de la même manière par ceux qui sont restés. Une classe qui sort, cela crée directement une situation où « il y a un problème », et les enfants ne sont pas neuneus, même à 6 ans ils perçoivent cette tension. Et je dirais même qu’il reçoive le message qu’il y a quelque chose de « mal » dans le spectacle (la preuve, d’autres maître-sse-s sont sorties) (…) En résumé, selon moi, sans la sortie des cathos, le spectacle n’aurait pas été regardé comme « bizarre » ou « mal » par les enfants, il n’y aurait pas eu de retours négatifs, et de toutes façons cette mère de famille n’aurait pas géré les retours comme ça si elle n’avait pas entendu dire que des classes s’étaient barrées. »

Une conclusion étayée par un constat simple : « Une telle avalanche de débilité, ça ne nous était jamais arrivé. »

Quelques jours plus tard, je voyais passer ce message sur le facebook de la Cie Interligne :

Spectacle « Quand même » annulé !
« Ce mail pour vous informer que la représentation de « Quand Même ! » demain 13 février 2014, est annulée. Des groupuscules d’extrême droite ont fait pression et menacé le rectorat pour que la représentation n’est pas lieu. Étant donné le contexte actuel et voulant préserver la sécurité des collégiens (il s’agissait d’une représentation scolaire), nous avons donc été obligés d’annuler. Nous espérons que cette représentation sera reportée à une date ultérieure. Merci d’en prendre note !
Et pour info, voici la présentation de ce « dangereux » spectacle : « Envie de parler de nous, de notre condition de femmes, de créatrices et d’héritières de 68, mais pas seulement…Un spectacle drôle et mordant, optimiste et méchant, corrosif et libre ! Libre dans le ton, où nous évoquons pêle-mêle les mythes, les inégalités, la violence faite aux femmes, la psychanalyse, l’éducation, la sexualité, l’émancipation, la religion… et dans la forme où nous mêlons théâtre, chansons, musiques, textes d’auteurs et écriture personnelle. Devant l’ampleur du sujet et des sources, il a été fait le choix d’une parole d’aujourd’hui, intime. Un hymne aux femmes par deux femmes.

Les actions de propagande des extrémistes touchent maintenant à la culture… On parle désormais d’interdire des livres dans les bibliothèques ou de les changer de rayon, on attaque les sites d’informations pour les jeunes en questionnement qui ne peuvent pas toujours se référer à l’environnement familial pour discuter de leur sexualité (parfois c’est juste tabou, parfois c’est carrément mal vu voire interdit), et puis on veut forcer les gamins à louper un jour d’école de temps en temps, pour appuyer le militantisme mal placé des parents.

Et après ça vient nous parler de manipulation des enfants… ben tiens.

Rappelez-moi juste ce que font les dictateurs de la culture lorsqu’ils prennent le pouvoir?

« Dictature socialiste », vous êtes sûrs?

Lire aussi :

« Les catholiques intégristes de Civitas veulent empêcher la diffusion du film Tomboy sur Arte » – Slate

« Rumeurs sur la « théorie du genre » : un proviseur annule une sortie théâtrale »

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Appel citoyen contre l’incitation au viol sur Internet

Depuis ce matin, ce manifeste circule parmi les blogs et les réseaux sociaux. Je n’en suis pas l’auteure, seulement le relais, et je vous remercie d’avance de le faire lire à votre tour.
Nous, militantes féministes et citoyennes, avons récemment dénoncé un site de coaching en « séduction » appelé Seduction By Kamal (1) comme incitant au viol.
Seduction By Kamal est un site d’apprentissage des techniques de « pick up artist », à savoir « artiste de la drague ». Il s’agit de techniques de « drague » et de conseils en matière de sexualité. Le site est gérée par la société SBK Coaching, et génère du profit grâce à la vente de livres numériques (« e-books »).
L’indignation s’est focalisée sur un article violent en accès libre et gratuit. Intitulé « Comment Bien Baiser : les 3 Secrets du Hard SEXE » (2), il nous apparait en réalité comme une incitation au viol, particulièrement toxique en raison de l’aspect éducatif du site.
Nous estimons que les propos sont explicites : pour bien « baiser », l’important est de ne pas tenir compte du consentement de sa « partenaire ». Une capture d’écran est conservée ici. Les extraits les plus choquants sont cités ci-dessous, dans la lettre au Procureur, ainsi que chez la blogueuse Diké (3).
Cet article a été écrit par Jean-Baptiste Marsille, rédacteur web, auto-entrepreneur et écrivain (4). Le directeur de publication du site se fait appeler Kamal (5).
Il ne s’agit pas d’un petit blog isolé. D’après son créateur, ce site reçoit 20 000 visiteurs par jours, le chiffre d’affaire de la société « SBK Coaching» est de l’ordre de 10 000 euros par mois (6). Sa page Facebook est suivie (« likée ») par près de 17 000 personnes. Nous notons aussi que les frais de fonctionnement du site semblent peu élevés, compte-tenu des avantages fiscaux de la Pologne par rapport à la France (7), et du caractère dématérialisé des publications électroniques vendues.
Malgré de multiples sollicitations depuis octobre 2012, Kamal n’a jamais réagi. L’article était toujours en ligne à l’heure où nous écrivons cette lettre.
Depuis 2012, cet article a également été signalé en vain au Ministère de l’Intérieur (www.internet-signalement.gouv.fr). Pourquoi la loi n’est-elle pas appliquée ? Est-ce un problème managérial (manque de moyens pour traiter tous les signalements) ou un problème culturel (mauvaise formation et sensibilisation des agents du Ministère à la misogynie en ligne et à la culture du viol) ?
Nous joignons donc à cette tribune une plainte au Procureur de la République concernant le délit d’incitation au viol en ligne sur la page signalée.
Appel aux autorités et aux acteurs du web : stopper la misogynie en ligne
Ceci dit, notre objectif n’est pas de nous focaliser sur ce seul type de site Internet à la marge, mais sur l’ensemble de la misogynie globalement répandue sur l’espace Internet, et trop tolérée.
De nombreux agresseurs et leurs complices se sentent autorisés, en toute impunité, à exhiber sur Internet leurs infractions misogynes (viol, agression, non-assistance à personne en danger, recel de médias à caractère pédo-criminel…). Leurs victimes sont réduites au silence ou humiliées à l’échelle planétaire, subissant la reproduction perpétuelle de leurs agressions sur les réseaux sociaux.
Comment les Internautes peuvent-ils encourager un tel laxisme envers des criminels, et une telle sévérité envers les victimes ? Certainement à cause d’un amalgame toxique entre sexualité et violence érotisée (culture du viol) combinée à une mauvaise appréciation du sexisme sur Internet, perçu à tort comme “virtuel”.
Or le sexisme en ligne n’a rien de virtuel : le harcèlement subi par des personnalités connues comme par des adolescentes anonymes (ou qui auraient voulu le rester), le racolage des mineures par les pédo-criminels ou les proxénètes, l’omniprésence des images de femmes hypersexualisées et objectivées, dans les contenus personnels, journalistiques, culturels et commerciaux – clichés parfois pris à l’insu du sujet, l’humour sexiste qui alimente la tolérance envers le sexisme, les discours vindicatifs, stéréotypés et dégradants à l’égard des femmes, tout ceci est bien réel.
Ailleurs, sur le web anglophone notamment, des voix se sont élevées pour exposer l’ampleur de la misogynie sur Internet, et exiger des actions concrètes pour y mettre fin. Ainsi la campagne #FBRape a permis un début de dialogue avec Facebook, dans le but d’améliorer les systèmes d’identification et de modération des discours de haine misogyne (8).
Côté français, l’incitation à haine, à la discrimination ou à la violence est interdite par la Loi sur la liberté de la presse, article 24 (9). Nous exigeons que l’alinéa 7 soit appliqué, à savoir que l’incitation à la violence en raison du sexe, de l’orientation sexuelle ou du handicap soit réellement pénalisée.
Nous demandons également une modification de l’alinéa 6 de cette même loi (concernant l’incitation à la discrimination et à la haine) pour qu’il soit étendu au sexisme. Actuellement seules sont concernées les discriminations et la haine motivées par des raisons ethniques, raciales ou religieuses.
Enfin, nous appelons les pouvoirs publics à mettre en place une plateforme dédiée au signalement de sites misogynes, à la sensibilisation des acteurs du web sur le sujet, et à l’accompagnement des victimes de discrimination, de haine ou de violences misogynes sur Internet.
Nous appelons également les entreprises du web ou présentes sur Internet à mettre en place des pratiques éthiques pour lutter contre le sexisme sur Internet, en coopération avec la société civile.
Collectif féministe et citoyen
Plainte au Procureur
Paris, le 05/09/2013
Lettre R.A.R.
Monsieur le Procureur de la République,
Nous, citoyennes, tenons par la présente à vous signaler les faits délictueux visés par l’article 24 de la Loi sur la Liberté de la Presse qui punit de « cinq ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende ceux qui (…) auront directement provoqué, dans le cas où cette provocation n’aurait pas été suivie d’effet, à commettre l’une des infractions suivantes : les atteintes volontaires à la vie, les atteintes volontaires à l’intégrité de la personne et les agressions sexuelles définies par le livre II du code pénal ».
Sur le site Seduction By Kamal, cette page (URL : http://www.seductionbykamal.com/comment-bien-baiser – captures d’écran ci-joint) intitulée « Comment Bien Baiser : les 3 Secrets du Hard SEXE » constitue une apologie du viol et une incitation à la violence contre les femmes. Quelques extraits explicites :
  • « Montrez-lui qu’elle n’a pas vraiment le choix »
  • « Attaquez sa poitrine »
  • « créer rapidement une image du mec qui sait ce qu’il veut et qui l’obtient quand il veut ».
  • « vous décidez […] tout est entre vos mains (ou vos cuisses devrais-je dire) »
  • « perdre tout contrôle de la situation est un « turn on » majeur pour les femmes ».
  • « appliquez-vous à aller en profondeur et à ne stopper la cadence que quand VOUS le décidez ! Elle se plaint ? Pas pour longtemps ! C’est un phénomène naturel de rejet de l’autorité, mais une fois cette barrière franchie, elle s’abandonnera à vous et vous demandera de la défoncer […] c’est ça en fait la véritable notion du fameux « BIEN BAISER ».
  • « Imposez votre puissance ».
  • « Donnez des ordres et soyez inflexible. Ne lui demandez pas gentiment si, éventuellement, vous pourriez avoir une fellation et éjaculer dans sa bouche… La décision est prise, retirez-vous et faites la descendre vers votre sexe afin d’affirmer votre posture. »
  • « Si seulement vous saviez combien de femmes rêvent de se faire démonter par un inconnu au chibre géant ».
  • « Cette méthode est relativement efficace quand on rencontre une inconnue qui nous ramène chez elle. Si elle en arrive là, c’est sans doute parce qu’au fond, ce qu’elle veut, c’est tirer un coup. »
  • « Ne lui demandez pas si vous pouvez la pénétrer comme un animal sauvage, faites-le ! »
  • « il vous suffit […] de laisser parler vos envies, sans vous restreindre. Prenez le contrôle du rapport sexuel et pensez que votre masculinité passe par des coups de boutoir infligés. »
  • « ne vous refusez rien ».

Nous avons signalé ce lien à internet.signalement.gouv.fr sans aucune conséquence concrète.
La présente faisant valoir ce que de droit.
Copie à
– Monsieur Manuel Valls, Ministre de l’Intérieur
– Madame Vallaud-Belkacem, Ministre des Droits des femmes,
– Madame Christiane Taubira, Garde des Sceaux, Ministre de la Justice
– Haut Conseil à l’Egalité entre les Femmes et les Hommes
– Observatoire des Inégalités
– Le Monde
– Le Figaro
– Médiapart
– Rue 89
– Libération
– Les Nouvelles News
– Slate
– Fédération Nationale Solidarité Femmes
– Signalement publié sur internet par une dizaine de blogs

le 05/09/2013

Capture d’écran de l’article signalé : http://dikecourrier.files.wordpress.com/2013/08/comment-bien-violer-une-femme-par-seduction-by-kamal-kay-et-jb-marsille1.pdf

Sources et liens cités dans l’appel :

(1)   www.seductionbykamal.com
(2)   www.seductionbykamal.com/comment-bien-baiser
(3)   http://dikecourrier.wordpress.com/2013/08/19/pick-up-artists-le-marketing-de-la-violence-misogyne
(4)   www.profils-auto-entrepreneurs.com/profil/jean-baptiste.marsille
(5)   www.seductionbykamal.com/mentions-legales/
(6)   www.agence-csv.com/seduction-by-kamal-le-seducteur/
(7)   www.lepetitjournal.com/varsovie/economie/132935-varsovie-eco
(8)   www.womenactionmedia.org/facebookaction/how-to-report-gender-based-hate-speech-to-facebook
(9)   www.legifrance.gouv.fr

"Et l’Hétéro Pride alors, c’est quand ? C’est pas juste !"

Au fil de ma TL je suis tombée cette semaine sur un billet du blog A girl called Jack. Ce billet a fait écho à une question que j’ai entendu plein de fois, et qui m’irrite beaucoup, même en tant qu’hétéro. Cette question que Gad Elmaleh a trouvé futée et suffisamment fine pour la poster sur twitter (oui bon, en 2012, mais quand même) : 
Culotté ouais. 
La réponse de Jack à toutes les personnes qui pourraient se poser sérieusement la question : 

« « Elle est où la Hétéro Pride ? Pourquoi les homos ont-ils droit à un jour spécial ? C’est pas juste ! »
Si on me donnait un euro à chaque fois qu’on me pose cette question, eh bien, j’aurais quelques euros. 

L’Hétéro Pride, c’est pouvoir marcher dans la rue en tenant la main de ta moitié sans être alpagué-e par les groupes d’ados qui traînent en bas des immeubles.
L’Hétéro Pride, c’est pouvoir entrer dans un club ou un bar sans se faire menacer, sans que les hommes ne vous dévisagent en enveloppant leurs femmes de leurs bras protecteurs. (Parce que les lesbiennes kiffent sur TOUTES les femmes, vous savez ? Surtout celles qui flanquées de grands copains en manque de confiance. Challenge, hein.)
L’Hétéro Pride, c’est pouvoir cocher la case « hétéro » sur un formulaire sur l’égalité et la diversité au travail sans se demander qui pourrait le lire, et quelles seraient leurs vues à propos de votre sexualité.
L’Hétéro Pride, c’est pouvoir embrasser qui vous avez envie d’embrasser, où que vous soyez, sans y penser ni lancer un regard furtif autour de vous ensuite pour savoir qui vous a peut-être aperçu-e-s.
L’Hétéro Pride, c’est pouvoir échanger des bagues et des vœux et s’engager à vie sans avoir à se contenter d’un ‘partenariat’ de seconde zone et presque business, quand ce que vous voulez vraiment est un mariage.
L’Hétéro Pride, c’est quand votre père obtient un MBE, vous autorisant donc à vous marier aux abbayes de St Paul ou Westminster… mais que vous ne pouvez pas en profiter parce qu’ils ne vous laisseront pas épouser une femme là-dedans.
L’Hétéro Pride, c’est quand des étrangers ne vous demandent pas si vous êtes ‘hétéro’ – parce que votre vie sexuelle ne les regarde pas.
L’Hétéro Pride, c’est pouvoir dire « non » à un homme sans qu’il te réponde « je pourrais te détourner » – comme si ta sexualité était complètement malléable ; quelle gourde d’avoir pu croire que tu ne pourrais pas la changer.
L’Hétéro Pride, c’est pouvoir vivre sa vie sans la peur d’être harcelé-e, persécuté-e ou rejeté-e.
L’Hétéro Pride, c’est ne pas avoir à sortir du placard devant ses amis, sa famille, ses collègues et des étrangers perpétuellement.
L’Hétéro Pride, c’est ne pas avoir à mentir, mâchoires serrées, à propos de sa vie amoureuse pour se la simplifier.
L’Hétéro Pride, c’est ne jamais avoir à se demander si son fils sera harcelé à l’école parce que sa maman est lesbienne.
L’Hétéro Pride, c’est ne jamais avoir à la fermer quand votre collègue – femme hétéro – organise ouvertement des soirées clubbing mais ne vous y invite pas, parce qu’elle n’est pas sûre de savoir « où votre genre traîne ».
L’Hétéro Pride, c’est ne pas avoir à traverser une foule de manifestants brandissant le message « DIEU HAIT LES PÉDÉS », d’hommes et de femmes qui vous hurlent au visage, pour pouvoir assister à une conférence de Stonewall.
L’Hétéro Pride n’a jamais été désinvitée d’un mariage pour le motif d’avoir voulu s’y rendre avec son ou sa partenaire.

Personne n’a jamais été battu à mort pour un look un peu trop hétéro, ou subi un viol correctionnel pour être tombée amoureux-se du genre opposé. J’ai été agressée dans un bar à Southend il y a quelques années. Mes cheveux étaient rasés. L’ironie de la situation a fait qu’on m’a prise pour un homme gay. Apparemment, pour le skin bourré qui se tenait à ma droite lorsque je suis entrée dans le bar, c’était la seule justification nécessaire au fait de me frapper et de me dire que « les putains de pédés sont pas bienvenus ici ». On m’a dit que j’étais « trop jolie pour être gay », perpétuant les mythes blessants et insultants que toutes les lesbiennes sont une sorte de groupe de rejetées qui ne sont gay que par choix, parce qu’ « aucun homme n’en voudrait ».
L’hétéro Pride est acquise, chaque jour. Elle est invisible, ne choque pas, et perpétue silencieusement les normes quotidiennes. Ce sont justement la fierté et les privilèges hétéros qui posent la question belligérante : Pourquoi les gays ont-ils leur propre marche ?

Je suis reconnaissante du fait que, après des campagnes incessantes et une modification graduelle des comportements, je grandisse dans une génération ou je PEUX tenir la main d’une femme en public, me couper les cheveux courts et sortir du placard devant des milliers de personnes aussi rapidement que je peux appuyer sur le bouton ‘publier’.

Pour reprendre la citation de Martin Luther King : j’ai un rêve, celui qu’un jour un homme ne sera pas jugé pour qui il aime, mais pour qui il est.

J’ai tenté ce truc, de sauver les apparences, j’avais des amis hommes proches pour m’accompagner en soirée parce que je ne voulais pas être plus regardée que la mariée ou «causer un scandale». Ce n’était pas censé être un post de coming out – mais je suis fatiguée d’avoir à réprimer un sourire quand un journaliste me demande si j’ai un copain. Et si je perds des fans ou des lecteurs parce que je suis sortie sans cérémonies du placard, eh bien ainsi soit-il. Ça aurait fini par sortir un jour de toutes manières. Et avec ma coupe courte, mes manches tatouées, les boots Magnum, la bague que je porte au pouce et l’absence perpétuelle de mec – je ne suis pas exactement un stéréotype, mais je suis une fille prénommée Jack. Gay et fière.

Joyeuse journée des fiertés à tou-te-s. Continuez d’apprécier votre Hétéro Pride les prochains 364 jours de l’année, mais celle-ci est pour nous.

Jack Monroe.
Twitter : @msjackmonroe »

Appel à participation.

Aujourd’hui, j’aimerais vous parler d’un projet auquel je participe :
 
Quel projet ? 
Celui de monter un recueil sur le vaste thème des violences sexistes. Nous souhaitons donc collecter un maximum de témoignages sur tous les sujets associés : harcèlement de rue, violences conjugales, viols, machisme ordinaire et autres situations inégalitaires. Nous appelons aux témoignages chaque personne désireuse de participer. Tout ne sera pas validé et publié, il faudra faire le tri, mais plus nous récoltons de matière, plus nous en aurons à faire circuler ensuite.
Le reste sera vu en direct avec chacun-e dans un second temps. 
Pourquoi ? 
Les textes seront publiés sur « Polyvalence Mon Pote« , le blog de mon amie Tan qui est à l’origine de ce projet
Comment ? 
Envoyez vos textes à : tanpmp@gmail.com.
Vous pouvez aussi lui écrire pour plus d’informations. 
Pour finir, voici le message publié par Tan sur son facebook hier soir :


Les bichons, j’ai besoin de plus de textes. On est en sur-representation de (cis)meufs ayant vécu des violences psychologiques au sein de couples. Il est important d’en parler, bien évidemment. Mais je tiens à ouvrir le tout a d’autres témoignages. Je voudrais des textes sur le consentement, sur le harcèlement (de rue), sur les conséquences du sexisme dans l’éducation, sur des sujets douloureux à évoquer comme l’inceste ou le viol. J’ai besoin de vos réflexions, de vos impulsions, de vos émotions, de vos prises de position. Le nombre fait (ici) la force. Promis j’en ferai un truc bien. Bisous doudous.

Polyvalence Mon Pote

Illustration par Shyvs

En attendant le (vrai) Printemps.

Je sais : mon dernier billet traitait déjà un peu du même sujet mais comme ça ne s’arrête pas (pire, ça continue de plus belle), pas de raison de ne pas réagir de nouveau. Je n’en ai pas pour longtemps, promis.
Donc je voudrais que nous nous posions quelques minutes, ensemble, calmement, et que nous réfléchissions à l’absurdité de ce nouveau titre de « printemps Français ». Bien.
Il y a quelques semaines, on voyait naître le site www.printempsfrancais.fr – Oui, moi aussi, j’ai cru à un gag. Mais pas. CHOC.

Comment peut-on SÉRIEUSEMENT oser comparer des révolutions pour la démocratie à une mascarade anti-égalité ? Qui est le génie qui a réussi à mettre en relation des révoltes ayant causé des dizaines de milliers de morts et quelques milliers de gus défilant tranquillou en t-shirt roses et bleus ?  Je t’entends, petit réac’, scander que « oui mais quand même, y’avait des CRS, on a pris des lacrymos, c’est pas sympa » – Non, c’est pas sympa, c’est vrai. Mais ce n’est pas nouveau non plus. Ça arrive même régulièrement en manifestation, surtout quand on s’accompagne de membres du GUD et autres gentils fafounets. Si tu avais déjà été manifester pour autre chose que l’interdiction aux autres d’avoir les mêmes droits que toi, tu le saurais. Allez tiens, une petite astuce d’un de tes camarades pour la prochaine, qui s’avèrera sûrement d’une efficacité redoutable et que je vous encourage tous à essayer, c’est cadeau :

via @a___k

via @a___k

Mais ne nous égarons pas telles les brebis de Dieu (ou de Joseph ? Je ne sais plus lequel était berger, c’était y’a longtemps le catéchisme et en plus ça n’avait déjà aucun sens).

 

Y a-t-il un psychiatre dans la salle ?

Y a-t-il un psychiatre dans la salle ?

On a devant nous un groupe de gens qui s’imaginent vraiment révolutionnaires, alors qu’ils cherchent à ancrer plus profondément encore des valeurs archaïques d’un patriarcat primaire. Le plus dur dans tout ça, c’est qu’ils ne s’en rendent même pas compte, pour la plupart, et ne comprennent pas. Ils y croient pour de vrai ; preuve en est qu’au moment où je vous parle, une poignée de guignols joue à la dînette et au SDF sur les pelouses du Luxembourg. Si, si.

Tout est prétexte à la surenchère des comparaisons les plus absurdes. Quand ce n’est pas Boutin qui fait des parallèles ubuesques (entre deux piqûres de calmant), c’est Guaino qui parle carrément de « réforme de la civilisation » (rien que ça ; on vous rappelle quand même que les Belges, les Canadiens, les Espagnols et les autres civilisations réformées vont bien, d’après elles-mêmes). On pourrait me dire que c’est un concours de blagues, je te jure que j’y croirai. 

 

via @Silver

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Outre la démesure du terme de « printemps français », je suis principalement choquée par le peu de respect accordé aux Printemps Arabes, qui ont vraisemblablement volé au-dessus des têtes des antis-égalité. J’ai suivi les tweets depuis la Place Tahrir. J’ai suivi des mouvements au Soudan. J’ai lu, vu, entendu des témoignages de combattants, de jeunes qui y ont perdu des amis ou des frères. Je m’informe encore sur la Syrie, quand vous préférez vous concentrer sur le juge Gentil. Et j’ai beau chercher, je ne vois pas un seul point de rapport entre les deux mouvements. Si quelqu’un a une vraie explication à me donner, et pas une connerie dans la trempe de « ouaaais mais c’est un symboooole, tu comprends rien parce que t’es de gauche », je veux bien qu’il me le laisse en commentaires.


Parce que de là où je vous regarde, je peux vous assurer que je ne vois pas une révolution, je ne vois qu’une bande de demeurés en œillères.